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dimanche 29 janvier 2023

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

Un court éloge à la liberté d’expression

Les propos et opinions tenus dans cet article n’engagent que leur auteur et ne définissent en rien une ligne éditoriale au Jean Moulin Post. 

 

La liberté d’expression est devenue une notion illisible aujourd’hui que ce soit en France ou plus généralement dans le monde, mais qu’en est-il vraiment de cette notion ? 

Commençons par un petit rappel historique : la controverse de Valladolid, à la fin du XVème siècle, a mis en avant un homme remarquable nommé Bartolomé de Las Casas. Ce prêtre dominicain défendra farouchement et avec florès la condition humaine des Indiens. Ainsi, cette reconnaissance bien que par la suite remise en cause, raisonnera dans l’histoire comme le premier pilier de ce que seront les droits humains. 

Pour autant, la liberté d’expression en tant que telle ne prend forme qu’avec les Lumières au XVIIIème siècle, aidée par l’imprimerie. Son symbole phare ? L’Encyclopédie. Ce projet titanesque orchestré par un petit groupe de penseurs – dont les « pères fondateurs » sont D’Alembert et Diderot. Celle-ci apparaît comme le recueil ultime de la raison et qui, du fait de son ambition d’énoncer toutes les connaissances sans filtres, sera victime de la censure. La Révolution française achèvera le travail par la reconnaissance de la liberté d’expression dans la DDHC de 1789. 

En témoigne l’article 11 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » 

Cet article est révélateur d’un schisme qui continuera à nous hanter malgré les siècles passés. En effet, la dernière partie de la phrase « sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi » témoigne du partis pris des révolutionnaires pour une liberté d’expression limitée et non pas illimitée comme le souhaitaient un certain Robespierre ainsi que Marat. On peut d’ailleurs relever dans la pensée de Robespierre que « la liberté de la presse doit être entière et indéfinie, ou elle n’existe pas ». Cette pensée a par ailleurs été reprise dans le Bill of Rights américain. 

Mais alors la liberté d’expression doit elle être illimitée quitte à heurter la sensibilité de certaines personnes ? 

La Cour Européenne des droits de l’Homme face à cette question répond affirmativement dans un arrêt datant de 1976 : « La liberté d’expression est un fondement essentiel d’une société démocratique, et vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l’État ou une fraction quelconque de la population. » 

Finalement, la CEDH consacre dans le même temps la pensée de Voltaire : « Je ne partage pas vos idées, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez les exprimer ». Toujours est-il que cette idée a été trahie depuis. Donnons un exemple : alors journaliste, Éric Zemmour évoquait le cas des mineurs isolés, malgré un premier amalgame les concernant, il a ensuite clarifié ses propos. Or, ce dernier a été condamné en première instance en 2022 à une lourde amende. Peut-on justifier cette sanction ? Pour moi, la réponse est négative, même si les propos peuvent être considérés comme choquants. 

Qu’on soit d’accord avec les idées véhiculées par ce personnage, cela n’empêche pas d’estimer que par des lois visant le « bien », un homme peut être mis sous le coup de la justice pour ses propos. Cela laisse questionner sur l’état de notre démocratie… 

Un autre exemple est celui de Jordan Peterson, cet ancien professeur, psychologue, qui avait vu son compte twitter être suspendu en raison de ses propos. Ainsi, ce penseur canadien avait estimé préférer mourir plutôt que de retirer son tweet. Ce dernier avait « mal genré » une personne ayant effectué une transition sexuelle et en réponse twitter avait suspendu son compte pour des propos de haine. Petite parenthèse : son compte n’est plus suspendu en raison de l’arrivée d’Elon Musk aux manettes de Twitter. 

Ainsi, comme dit le proverbe « l’enfer est pavé de bonnes intentions », puisque si la visée est louable, le résultat est largement critiquable. En s’accaparant la notion de « haine », un État, un réseau social, peut légitimer toute atteinte à la liberté d’expression. N’est-ce pas finalement ce que Mattieu Bock-côté appelle « l’empire du politiquement correct » ? N’est-ce pas imposer une novlangue ? 

En bref, j’ai moins voulu ici fournir un article exhaustif sur cette liberté que faire un appel à la raison, au bon sens. Alors liberté d’expression illimitée ? Oui dans la mesure où il s’agit d’une liberté d’expression et non d’une liberté de menacer ou d’injurier. Autrement dit, je prône une liberté d’expression comme outil de la démocratie, ce qui veut dire sans contrôle hormis quand il s’agit de menaces graves à l’intégrité physique d’un ou plusieurs individus. Cette menace doit être toujours selon moi univoque et réelle. Mais en aucun cas, un individu doit être menacé pour le fond de sa pensée, et cela en dépit du caractère parfois heurtant. 

Pour éclaircir ma position, j’ai choisi d’insérer un court extrait d’une discussion entre Jordan Peterson et une journaliste sur une chaîne de télévision américaine : 

Journaliste de la chaîne « Channel 4 News » : « Pourquoi votre droit à la liberté d’expression devrait surpasser le droit d’une personne transsexuelle de ne pas être offensée ? »

Jordan Peterson : « Parce que pour être capable de penser, vous devez risquer d’être offensant. Regardez notre conversation, vous risquez de m’offenser dans la quête de la vérité. Alors pourquoi devriez-vous avoir le droit de faire cela ? »

Par ailleurs, censurer une opinion pour son fond revient à préférer une mesure contraignante contre cette dernière à une réponse sensée. C’est donc le refus du débat, ce qui est contre productif puisque cela laisse sous-entendre que l’opinion censurée détient la vérité. Puis, soulignons un autre point intéressant, une opinion ne disparaît pas avec la censure bien au contraire, paradoxalement la censure met sur un piédestal l’idée véhiculée.

Ainsi nous devons préférer l’éducation de citoyens raisonnables à une judiciarisation omnipotente de la société. 

« La tolérance atteindra un tel niveau que les personnes intelligentes seront interdites de toutes réflexions pour ne pas offenser les imbéciles”. Dostoïevski. Cette phrase cynique résume à la perfection ce que Jordan Peterson a pu subir, car si on peut être en désaccord avec certains de ses propos, il n’en demeure pas moins, qu’il est sans conteste un penseur de qualité en témoigne ces livres, ces conférences sur la psychologie, sur la science de l’homme.

Cet article reflète ma réflexion autour de la liberté d’expression qui peut tout à fait être contestée. 

Sources :
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