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vendredi 2 décembre 2022

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

Tim Burton, Prix Lumière 2022 : l’importance de la liberté artistique

Le dimanche 23 octobre marquait la clôture de la 14e édition du festival Lumière par une cérémonie à la Halle Tony Garnier. Le réalisateur de 64 ans montait sur scène, ému, son prix reçu la veille des mains de Monica Bellucci sous le bras, devant un public mélangeant toutes générations qui ne cesse de le saluer par de vifs applaudissements. 

Avant la projection de son chef d’œuvre Edward aux mains d’argent pour clôturer la soirée, le maître du genre fantastique n’hésite pas à partager son émotion face aux lyonnais : « Je ne veux pas rentrer chez moi. Mais je reviendrai » dit-il en riant et faisant rire avec lui ses nombreux admirateurs. 

Succédant à Jane Campion, Clint Eastwood, Quentin Tarantino mais encore Martin Scorsese, Tim Burton s’est confié sur sa carrière de (presque) quarante ans à l’occasion de projections, masterclass et conférences de presse du jeudi au dimanche. Le réalisateur est revenu sur sa jeunesse, ses débuts chez Disney, le public, ses inspirations mais également son grand amour : l’animation. 

« Vous êtes la raison pour laquelle je fais des films » 

Profondément touché par l’accueil du public lyonnais, il a déclaré lors de la remise de son prix : « De toute ma vie je n’ai jamais ressenti autant d’amour qu’ici. ». En effet, le cinéaste a souvent dit avoir été incompris, surtout aux États-Unis. 

Son univers particulier et reconnaissable est marqué par une forte influence gothique. Si les personnages squelettiques aux gros yeux cernés plongés dans la mélancolie sont sa marque de fabrique, Tim Burton c’est aussi de l’humour, des comédies musicales et parfois même des superhéros et de la science-fiction. 

Mais alors, qui est l’homme à l’imagination débordante derrière cet univers ? 

L’enfant solitaire qui rencontre Mickey

Originaire de Burbank en Californie, Tim Burton est un enfant introverti qui ne se sent pas totalement à sa place dans sa ville natale, bien que celle-ci soit un lieu assez intéressant pour les passionnés de cinéma. Le futur réalisateur passe la plupart de son temps libre à regarder des films d’horreur et surtout à dessiner. Le dessin se présente pour lui comme un moyen d’expression, un réel langage. 

Son talent de dessinateur lui permet d’intégrer CalArts (California Institute for the Arts) à 18 ans, il est par la suite embauché par les studios Disney en tant qu’animateur. Mais le style macabre et ses créatures étranges ne sont pas vraiment bienvenus dans le monde magique de Mickey. Malgré des efforts avec Rox et Rouky (1981) puis Taram et le Chaudron magique (1985), il réalise qu’il est incapable de rentrer dans les codes du studio. Il quitte Disney et retrouve sa liberté avec Warner qui lui permet la réalisation de ses premiers long-métrages dont Beetlejuice (1988), personnage qu’il a créé. 

« Burtonesque » 

C’est donc son goût pour le dessin se mélangeant à sa fascination pour les monstres qui marquent son style et influencent plus tard son travail cinématographique. Adolescent, il imagine déjà un personnage aux mains-ciseaux dont il fait des croquis et qui deviendra finalement Edward aux mains d’argent, film qu’il coécrit et réalise en 1990. 

Bien qu’il réalise des films de super héros (Batman en 1989 puis Batman Returns en 1992), ce qui caractérise son œuvre c’est un univers aux inspirations de l’ère victorienne qui mêle le fantastique au loufoque sans oublier la récurrence de certaines thématiques dans la quasi-totalité de ses films. En effet on retrouve souvent le thème de la marginalité, de l’enfance mais aussi de la mort dans un univers fantastique où squelettes (L’Étrange Noel de Monsieur Jack, 1993), cavaliers sans têtes (Sleepy Hollow – La légende du cavalier sans tête, 1999), vampires (Dark Shadows, 2012) ou encore aliens (Mars Attacks ! , 1996) sont  au cœur de l’histoire. 

Les récurrences dans son œuvre ne concernent pas seulement les thématiques de ses films mais aussi ses collaborations. On retrouve Danny Elfman comme compositeur pour presque la totalité de ses films, sa muse Helena Bonham Carter dans sept films ainsi que Johnny Depp, son acteur fétiche qu’il dirige huit fois. 

Un genre fantastique pas comme les autres

Tim Burton tente de sortir de sa zone de confort, il expérimente le film biographique Ed Wood (1994), la science-fiction avec Mars Attack ! puis le remake de La Planète des singes en 2001 qui est un échec critique. Finalement ce qui réussit Tim Burton c’est lui-même. C’est le fantastique mais surtout sa vision du fantastique où des humains ont un comportement plus monstrueux que les « monstres » eux-mêmes. Mais ce qui nuance le macabre c’est l’humour noir, l’ironie. Quand Tim Burton adapte Charlie et la chocolaterie en 2005 et Alice aux pays des merveilles en 2010, sa patte artistique se manifeste évidemment par les décors, le physique des personnages et leur excentricité mais encore une fois l’enfance qui prend une belle part dans l’œuvre : la pureté d’Alice, la gentillesse de Charlie ou encore l’innocence d’Edward. 

« I myself am strange and unusual. » – Lydia (Beetlejuice). 

Des individus solitaires sont ses personnages principaux. Introvertis et timides, ils sont victimes d’une société qui les dénigre parce qu’ils n’entrent pas dans leurs standards. Tim Burton critique la corruption judiciaire avec la comédie musicale Sweeney Todd : Le Diabolique Barbier de Fleet Street (2007) où il fait chanter ses comédiens ; l’hypocrisie et la vie routinière des banlieues typiquement américaines avec Edward aux mains d’argent et c’est donc en toute logique que les humains deviennent des monstres envers les « anormaux » qui viennent perturber leur quotidien…

On y voit une part de son vécu en tant qu’enfant solitaire à l’imagination débordante dans la banlieue américaine de Burbank, qui a du mal à correspondre aux attentes de la société (et de Disney). 

Loin d’être de simples films gothiques grand public sans réelles ambitions, ses films sont avant tout l’expression d’un vécu et une lutte contre la banalité. 

Finalement, Tim Burton, c’est une ode aux incompris, à l’anormalité, aux introvertis, aux timides, aux excentriques et à ceux qui ont du mal à rentrer dans les codes d’une société bien-pensante dérangée par l’originalité. C’est un clin d’œil aux « rejetés de la société » dont il estime toujours faire partie.

Sources :

Source image : Pixabay

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