Aujourd'hui :

mardi 16 juillet 2024

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

Somaliland : un pays de contrastes dans la Corne de l’Afrique

Le 1er janvier 2024, l’Éthiopie signe une concession de 50 ans pour 20 kilomètres de côtes du Somaliland. Cette région méconnue est un territoire séparatiste de la Somalie, marqué par une situation plus stable. 

Cet accord permettant à l’Éthiopie d’obtenir un accès à la mer, perdu depuis l’indépendance de l’Érythrée, ne peut qu’irriter la Somalie qui, du point de vue du droit international public, dispose du territoire du Somaliland. Découvrez dans cet article ce territoire indépendant méconnu luttant à la fois pour sa reconnaissance mais aussi pour son développement économique.

 

I – De la colonisation à la séparation

 

L’histoire du Somaliland remonte jusqu’à la préhistoire, comme le montre les peintures ci-contre découvertes dans les grottes de Laas Geel. Si il y a des milliers de lignes à écrire sur l’histoire de cette région, l’article se concentrera surtout sur la période coloniale et postcoloniale, originaire de la situation actuelle entre la Somalie et le Somaliland.

 

A la fin du XIXème siècle, la Somalie actuelle est divisée en deux parties, au nord la Somalie britannique et à l’est et au sud la Somalie italienne. La Somalie britannique est un territoire issu du démantèlement du Khédivat d’Égypte, territoire sous contrôle ottoman, tandis que la Somalie italienne est issue du Sultanat de Majeerteen devenu un protectorat puis une colonie italienne.


Si la Seconde Guerre mondiale a impliqué l’invasion de la Somalie britannique par les forces italiennes, les Britanniques ont repris le contrôle de ce territoire dès 1941. La Somalie italienne quant à elle a été placée sous administration britannique à la fin de la guerre avant de repasser sous contrôle italien.


En 1960, la Somalie obtient son indépendance, rejointe juste après par le Somaliland, formant un état unique. Mais en 1991, la guerre civile somalienne éclate tandis que le gouvernement bombarde Hargeisa, capitale du Somaliland. Le territoire déclare unilatéralement son indépendance vis-à-vis du reste de la Somalie en proie au chaos.

 

II – Une stabilité contrastée par un recul des libertés

Peuplé par 5,7 millions d’habitants, le territoire du Somaliland est situé au nord de la Somalie. Le pays connaît de fortes tensions avec son voisin de l’est, le Puntland, État fédéré autonome de la Somalie n’ayant pas de volonté indépendantiste vis-à-vis du gouvernement de Mogadiscio.

 

Le pays connaît une situation sécuritaire très rude. L’espérance de vie avoisine les 57 ans tandis qu’en 2023, de violents affrontements avec le clan Dhulbahante, souhaitant rejoindre la Somalie, dans la ville de Las Anod ont contraint plus de 185 000 habitants à fuir leur foyer. L’ONG Amnesty International a demandé une enquête sur les actes de répression commis par les forces de sécurité du Somaliland contre les membres du clan Dhulbahante.

En dehors des conflits dans les territoires contestés avec la Somalie, le Somaliland connaît une relative stabilité. Ceci contraste avec la Somalie en proie aux nombreuses attaques du groupe djihadiste Al-Chabab. Cette stabilité locale sert à la fois au développement économique du pays mais aussi d’argument pour la reconnaissance internationale de ce territoire. 


Théoriquement, le Somaliland est une démocratie. Bien qu’il y ait une religion officielle, l’Islam, la Constitution garantie une certaine liberté de croyance. Aussi, le pays maintient des élections régulières depuis son indépendance et les libertés civiques sont protégées juridiquement. Cependant, Amnesty International établit dans son rapport 2022-23 un grand recul de la liberté d’expression et d’association.

Les forces de sécurité ont été accusées de violences disproportionnées contre les manifestants tandis que de nombreux journalistes couvrant des événements sensibles ont été arrêtés et sanctionnés de façon arbitraire. Le 11 août 2022, Internet a été coupé pendant plus de 9 heures afin d’empêcher les citoyens de communiquer à propos de manifestations en cours. Cela suscite de nombreuses inquiétudes relatives aux élections présidentielles de 2024.

Cette situation contrastée au sein de pays se reflète au sein des institutions internationales, où le Somaliland n’est pas reconnu.

III – Un pays avec une reconnaissance internationale quasi-inexistante

Le droit public international, ici la Charte des Nations Unies, pose la procédure pour qu’un État soit reconnu au sein de l’Organisation des Nations Unies. Un État souhaitant intégrer l’ONU doit présenter sa candidature au Secrétariat général. Ensuite, 9 des 15 membres du Conseil de Sécurité,
dont les 5 membres permanents (France, Russie, États- Unis, Chine et Royaume-Uni) doivent voter en faveur de ce candidat. Enfin, l’Assemblée générale doit accepter à la m
ajorité des deux tiers l’adhésion de cet État.

Bien que le Somaliland fonctionne comme un État, celui-ci n’est pas reconnu internationalement. Néanmoins, sa position idéale dans le Golfe d’Aden représente de nombreux intérêts économiques. Par pragmatisme, de nombreux États et organisations entretiennent des relations diplomatiques sans pour autant reconnaître officiellement cet état.

L’Union Africaine et l’Union Européenne ont par le passé envoyé des délégations au Somaliland. La France, l’Allemagne, l’Afrique du Sud, la Suède, le Royaume-Uni, Taiwan (non reconnu par l’ONU) ou encore Djibouti ont établi des actes diplomatiques d’importances diverses avec le Somaliland. Certaines instances de l’ONU ont des bureaux au Somaliland.

En termes de coopération économique, d’autres États ont, directement ou par le biais de sociétés, de grandes implications au Somaliland. C’est le cas par exemple des Émirats Arabes Unis dont la société DP World gère le port de Berbera. De plus, une société britannique s’est engagée à exploiter des gisements de pétrole récemment découverts. Des contrats entre le gouvernement et une société minière suisse ont aussi déjà été signés. Mais l’accord de janvier 2024 avec l’Éthiopie exacerbe les opportunités économiques qu’offrent le Somaliland.


IV – Le Somaliland, une économie fragile pleine d’opportunités

Dès que la concession entre le Somaliland et l’Éthiopie a été signée, la Somalie a voté une loi rendant illégal ce contrat. Il est évident que cette disposition n’a aucun effet réel et que les tensions ont empiré dans la région. Derrière la crise diplomatique, il se cache une réalité économique plus ou moins favorable au Somaliland.

Le Somaliland reste un État pauvre où les conditions de vie sont difficiles pour une grande partie de la population. Néanmoins, la stabilité interne au pays permet un développement économique. Si le pays est peu doté en ressources, celui-ci a quelques points forts. L’exportation de bétail, surtout vers le Moyen-Orient, a par exemple atteint 3,1 millions de moutons en 2011. De plus, des ressources d’acier, de manganèse et de charbon ont été découvertes récemment.

Disposant d’une façade maritime sur le Golfe d’Aden, le Somaliland participe activement à la lutte contre la piraterie et le brigandage maritime dans cette région particulièrement touchée par ces phénomènes. Le port de Berbera est un exemple d’une importante infrastructure régionale, surtout depuis son agrandissement en 2021. Les aéroports d’Hargeisa et de Berbera disposent déjà de connexions vers le reste de la Corne de l’Afrique, l’Egypte et Dubaï. Au vu du potentiel touristique du pays, ceux-ci pourraient ouvrir à l’avenir de nouvelles liaisons.

Le Somaliland reçoit d’autres investissements étrangers, comme celui de Coca-Cola Company. Néanmoins, l’économie reste fragile avec un PIB de 3,5 milliards de dollars. Le pays connaît des sécheresses comme en 2017 rendant irrégulière la production agricole de khat. La diaspora permet au pays de recevoir environ 800 millions de dollars annuellement.

La reconnaissance est donc essentielle pour le Somaliland. Même si le pays connaît une certaine stabilité, certes décroissante depuis quelques années, cette mise à l’écart sur la scène internationale limite trop largement son commerce extérieur mais également sa participation à des instances internationales. Plus stable que certains États “officiels”, la potentielle reconnaissance du Somaliland permettra de tester la capacité du droit international public à rendre compte de la réalité.



Sources :

Sources :

“Achievements”, Gouvernement du Somaliland, https://recognition.somalilandgov.com/achievements/

Image :

  • https://pixabay.com/photos/laas-geel-cave-prehistoric-968694/
  • https://pixabay.com/users/anfaenger-8066471/?utm_source=link-attribution&utm_medium=referral&utm_campaign=image&utm_content=3158666
  • https://unsplash.com/fr/photos/montagne-brune-sous-le-ciel-bleu-pendant-la-journee-r2OpyKXolGU?utm_content=creditCopyText&utm_medium=referral&utm_source=unsplash
Partager cette publication :
Facebook
Twitter
LinkedIn
Email
WhatsApp