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lundi 22 avril 2024

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

L’influence française en Syrie

Le mandat français : un instrument d’influence majeure 

Le traité de Sèvres du 25 avril 1920 (1) a donné à la France la qualité de mandataire de la Syrie dans le cadre du démantèlement de l’Empire ottoman. La puissance mandataire doit alors administrer le territoire syrien afin de le guider à l’indépendance. Toutefois, ce mandat est surtout l’occasion pour la France de conserver son influence sur le Moyen-Orient, accès stratégique vers ses colonies asiatiques. 

Durant le mandat, les doléances faites à la France sont nombreuses. Accusée de ne pas favoriser l’indépendance politique et blâmée pour son découpage territorial de la région, les nationalistes se révoltent en territoire druze (2) dès 1925 avant que les révoltes ne s’étendent dans tout le pays. Événement marquant de l’histoire syrienne, les revendications des nationalistes ne sont pas entendues par la France, mais elles joueront un rôle majeur dans le sens où elles entraîneront une réorientation du mandat. La puissance mandataire est ainsi passé d’un « projet hégémonique colonial » à une « politique d’action culturelle et de coopération » (3).

Très vite, la modernisation de la Syrie se fait sentir. Tous les domaines sont touchés : l’économie, l’agriculture, l’armée, le réseau de transport, l’éducation, la justice, etc. Mais aussi, et surtout, la France en tant que puissance mandataire favorisera l’avènement d’un nouveau système politique au Levant : la République établie par la Constitution de 1930.

Des relations diplomatiques instables 

Après les efforts de la France pour retarder au maximum l’accès à l’indépendance de la Syrie, cette dernière fait de sa souveraineté l’élément majeur de sa politique extérieure (4). Ainsi, la question libanaise sera en grande partie responsable des discordances entre les deux pays (5).

L’avènement au pouvoir du parti Baas en 1963 (6), et surtout de Hafez al-Assad en 1970, a établi un rapport de méfiance dans les relations franco-syriennes (7). Ce climat de méfiance n’a pas favorisé des relations stables, telles que le témoignent les ruptures successives de 1956, 2004, 2007 et 2011 (8).

Mais, les ruptures diplomatiques sont surtout un moyen pour la France de manifester sa désapprobation à l’égard de la politique du régime syrien. De cette manière, en 2011, le rappel de l’ambassadeur français à Damas est un moyen de condamner le régime de Bachar Al-Assad, notamment pour avoir porter atteintes aux droits de l’homme (9)

Enjeux sécuritaires en Syrie : l’action diplomatique française 

Malgré l’absence de relations diplomatiques officielles entre Paris et Damas, la France continue son action en Syrie par le biais de la lutte anti-terroriste.

En 2014, l’État islamique en Irak et au Levant proclame la restauration du califat. Une coalition internationale menée par les États-Unis est créée et l’opération Chammal est lancée afin de soutenir les forces irakiennes luttant contre Daech. L’opération sera par la suite étendue en Syrie, suite aux attentats de 2015.

Par ailleurs, la lutte anti-terroriste passe également par le soutien de la coalition internationale aux Forces Démocratiques Syriennes, coalition militaire visant à expulser Daech du territoire syrien.

L’action de la coalition internationale a ainsi permis la libération des derniers territoires occupés par Daech en mars 2019. Désormais, sa principale mission consiste à éviter toute résurgence des cellules dormantes dans la région.

Outre la lutte contre le terrorisme, l’action française en Syrie se manifeste également par un soutien financier humanitaire envers les populations civiles. A titre d’exemple, la France a consacré 50 millions d’euros aux populations syriennes vulnérables en 2021. De cette manière, Paris manifeste sa volonté de trouver une solution politique au conflit, notamment par les biais des organisations internationales (10).

Ainsi, la France, et plus généralement, les occidentaux, expriment leur soutien aux forces d’opposition du régime, condamnant fermement la politique menée par le régime de Bachar Al-Assad. La position occidentale s’oppose donc à celle de la Russie, fervent allié de la Syrie au sein de ce conflit internationalisé. 

Sources :
  1. Société des nations, 10 août 1920, Traité de paix entre les puissances alliées et la Turquie, signé à Sèvres
  2. Les territoires druzes correspondent à l’État druze formé par la France lors de son mandat en Syrie. Au total, cinq entités territoriales sont créées : l’État du grand Liban, l’État d’Alep, le territoire des Alaouites et l’État de Damas dont se détachera l’État des druzes en 1921. Les druzes sont un groupe religieux issu de l’ismaélisme, découlant d’une branche de l’islam
  3. LAURENS, Henry, 2002, Le mandat français sur la Syrie et le Liban. In: MEOUCHY, Nadine, France, Syrie et Liban 1918-1946 : les ambiguïtés et les dynamiques de la relation mandataire. Damas, Presse de l’Ifpo, p. 409-415
  4. FEUERSTOSS, Isabelle, 2014, Quelques éclairages sur les relations franco-syriennes. In : Les Cahiers de l’Orient, Centre d’études et de recherches sur le Proche-Orient 116, p. 95-108
  5. Historiquement, les nationalistes syriens et libanais revendiquent le rattachement à la Syrie du Grand Liban créé par la France en 1920. Il faudra attendre 2008 pour que les relations diplomatiques soient officialisées entre les deux pays
  6. Le Parti Baas, ou le Parti socialiste de la résurrection arabe est créé au début des années 1940 en Syrie et prône l’unicité du monde arabe. En 1963, le coup d’État du parti Baas est mené par un groupe militaire. Désormais, le parti a perdu son caractère originaire de socialisme pour être associé à l’autoritarisme de l’État
  7. TANNOUS Manon-Nour, 2016, Les ressources stratégiques de la rupture en diplomatie : comparaison des ruptures franco-syriennes, Études internationales, 47(2-3), 219-239. https://doi.org/10.7202/1039544ar
  8. TANNOUS Manon-Nour, op.cit
  9. Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, Syrie : comprendre la position de la France, France Diplomatie
  10. Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, op. cit
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