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dimanche 14 juillet 2024

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

Napoléon : l’anglais Ridley Scott, héritier des racines de la victoire de Waterloo face au méchant français !

UNE FORME HONORABLE

J’aimerais déjà défendre un point qui a TOUJOURS été propre au cinéma de Scott, c’est d’abandonner la vérité historique au service du divertissement et d’un traitement symbolique de l’histoire ! Le cinéma, c’est l’art du mensonge, du point de vue et ce film nous propose un point de vue comme un autre ! Comme dans Gladiator, comme dans Le Dernier Duel (aussi en France), que l’on aime cela ou pas ! 

J’aimerais aussi défendre les visuels du film ! L’action et les batailles se révèlent assez claires et lisibles. Scott sait faire de la belle reconstitution de décor et de costume, on s’y croît ! Rien de cheap, tout est palpable. Quand il fait chaud, tu transpires, quand il pleut, tu es mouillé, le film présente une crudité à saluer ! On n’hésite pas à lorgner dans la violence graphique, et dans le sexe, plutôt pertinent dans la diégèse du film. La photographie du film, bien que très hollywoodienne, joue sur le contraste des lumières, sur le clair-obscur, et sur l’ambiance des décors. Et cela paye car certains plans sont littéralement des tableaux vivants tellement c’est bien éclairé.

On sent dans le cadrage, l’amour que Scott a pour le Barry Lyndon de Kubrick. Les effets spéciaux sont irréprochables, les combats assez spectaculaires de par l’usage de la bonne méthode qui consiste à engager une tonne de figurants ! 

En terme de casting, même si ce n’est pas le rôle de sa vie et qu’il semble un peu perdu, Joaquin Phoenix dépeint très bien un Napoléon au regard très charismatique tout en ayant des allures de grand enfant dissipé, ce qui nous donne un point de vue assez inédit de cette figure. Et physiquement, dans la taille et la corpulence, ça le fait ! Vanessa Kirby est vraiment excellente en Joséphine, vraiment hypnotisante et capable d’égaler Napoléon.

Le souci personnel, c’est de visionner un film sur la France où tout le monde parle anglais ! Et sans accent ! Ce qui est perturbant, notamment quand tu te retrouves face à un Napoléon à l’accent américain et à une Joséphine à l’accent anglais. Heureusement que Tahar Rahim est là pour rajouter un peu de souche française.

UN FILM ANTI-FRANÇAIS

Tout le film dépeint la France comme des chamailleurs qui s’entretuent sans cesse et Napoléon est vu comme un faux patriote qui mène des millions d’hommes à la mort juste pour satisfaire son égoïsme romantique ! Et oui, c’est un point de vue d’auteur à respecter, certes, mais mal exécuté car le film a un rythme très batard ! 2h40 est tellement peu pour dépeindre la vie de Napoléon ! Le rythme fait souvent page Wikipédia en direct malheureusement. L’avantage, c’est qu’on ne s’ennuie absolument pas tellement on s’emporte sans aucun frein dans une vie absolument richissime. 

Si le film n’était concentré que sur la relation Napoléon/Joséphine en mettant le reste de côté, on aurait un film digeste. Bien que je trouve la relation plutôt correctement développée, l’idée d’un général absent, plus jeune que sa femme qui ne l’aime pas réellement, mais qui dans cette fausse affection, se créé une relation toxique, symbolisée par le souhait de Napoléon d’émerger un héritier, il y a des problèmes de raccords entre des scènes où ils se détestent et d’autres où ils sont en bon terme.

Bien que l’idée de l’héritier, raison qui condamnera ce couple est pertinente, on n’en reparle plus jamais ! Napoléon a enfanté, et une fois qu’il abdique, on ne reparle plus jamais de cet enfant alors que le film en avait fait un pilier narratif ! Où est le pay-off du set-up ?

L’aspect stratège de Napoléon est également traité de façon trop furtive, on dirait qu’il l’emporte souvent au hasard et c’est là qu’on retrouve cette facilité scénaristique du destin ! Durant tout le film, Napoléon prétend que le destin l’a amené ici alors que NON ! C’est son intelligence, ses capacités qui l’ont mené à sa place, mais le film va tellement vite qu’il omet ce qui fait pourtant la renommée de l’Empereur pour le montrer comme un chanceux.

Et le fait que le film traite Napoléon comme un horrible empereur qui a commis autant de génocide qu’un certain leader du troisième Reich, juste pour son plaisir personnel ? C’est une comparaison grossière ! Tous ces soldats sont morts pour leur patrie, comme exactement tous les soldats en guerre de cette époque, et Napoléon était juste quelqu’un d’ambitieux, qui voyait la France en grand et qui voulait l’honorer, surtout qu’il est général, c’est dans sa nature !

Le problème, c’est que si Napoléon ne le dit pas, on ne le ressent pas, cet amour pour la France. On ne le voit jamais s’exprimer face au peuple. Soit on le voit en tant qu’amant, soit en tant que militaire, mais le côté politicien est expédié. C’est ce qui empêche de ressentir la GRANDEUR du film !

À la fin, nous n’avons pas l’impression que l’homme a conquis la moitié de l’Europe parce qu’on ne me montre pas les répercussions. Le fait que Napoléon était plutôt en faveur du point de vue royaliste et tiraillé entre la Révolution et l’Ancien Régime, c’est à peine évoqué !

Je pense que le film aurait mérité de nous offrir un point de vue extérieur d’un personnage du peuple qui appuierait l’influence de Napoléon (comme dans la série HBO Rome où on comprend la grandeur de César de par le point de vue de légionnaires).

Beaucoup des combats sont exprimés à l’oral ou entrecoupés en 5 min pour dépeindre les victoires de Napoléon, mais quand il s’agit de Waterloo, Ridley Scott va, bien sûr, prendre son temps à montrer sa défaite ! Il y a pleins de grossièretés comme ceci qui empêche l’immersion.

UNE DIMENSION SYMBOLIQUE PERTINENTE

Bien que fausse historiquement, cette narration marche dans la narration. Comme Napoléon qui assiste à l’exécution de Marie-Antoinette, créant la transition entre régime, qui tire sur des pyramides pour montrer sa puissance militaire, le trou sur son chapeau qui montre sa déchéance et cette fin à la Parrain 3 où le chapeau tombe enfin ! C’est faux mais c’est beau ! Cette narration symbolise parfaitement le personnage qui durant tout le film et jusqu’à ses derniers instants, exagère sur ses exploits et ment sur d’autres, montrant un film limite égoïste en lui-même qui dépeint presque la vie de Napoléon tel que lui l’idéalise ! Fascinant.

Sources :
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