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dimanche 21 avril 2024

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

Anatomie d’une Chute, celle de la société française

Palme d’Or, Anatomie d’une Chute a déchainé les foules et amassé les prix, et c’était très bien … mais sans être sensationnel !

L’INTIMISME PUBLIQUE D’UN COUPLE

Ce qui marche vraiment avec ce film, c’est vraiment son concept de film de procès, mêlé à un film d’enquête, et à une étude de personnage ! C’est varié, et le thème de développer cette idée d’une famille où français et allemand se parlent en anglais dans leur quotidien afin de trouver la communication idéale pour leur fils, un enfant aveugle doté d’un chien qui facilite sa mobilité est totalement exploitée ! On dissèque vraiment un couple aux yeux de la France !

Ne pas parler sa langue naturelle est déjà symbole de cacher une partie de soi-même, surtout que Sandra Hüller ne parle jamais allemand du film me semble-t-il. Elle est enfermée dans un pays qui n’est pas le sien, dans une langue qui n’est pas la sienne, médiatisée par une société qui cherche l’histoire choquante au mépris de la vérité. 

Et c’est aussi ce qui est montré dans ce film, une société française décadente, où l’on aimerait presque qu’elle ait bien tué son mari afin que le banal de notre quotidien trouve un peu de piment. Une société qui veut se confronter à un scénario qui n’est pas prouvé. 

La réalisation montre en partie cet aspect médiatique, avec des caméras à l’épaule, des caméras intra diégétiques et subjectives qui nous immergent directement dans l’histoire et dans la prison que la société peut nous créer alors que nous n’avons pas le temps de faire le deuil d’une famille.

MAIS EST-ELLE INNOCENTE ?

Ce qui rend le film fort, c’est qu’en 2h30, rien ne semble, en trop, et on ne s’ennuie pas, car le suspens est entier et tout est basé sur ça ! L’incertitude. L’incertitude d’une simple chute bête, l’incertitude d’un enfant qui perd son père, l’incertitude reflétée par un chien doté de la vue et non de la parole, rien n’est certain.

C’est la force du film, dès l’introduction, où la musique assourdissante donne l’ambiance, définit le conflit, et à aucun moment on ne voit le mari « vivant ». Tout se joue dans le « show don’t tell » ou plutôt le « hear don’t tell » jusqu’à cette cassure où on observe enfin le mari en flashback comme il est, un homme faible, impulsif, sensible, et cette cassure change tout.

On peut s’attacher au personnage de Sandra Hüller (surtout par le prisme du fils car son manque de réaction au début, et ses secrets ne permettent pas nécessairement de la faire confiance) et puis commencer à douter d’elle, notamment avec l’avocat de la défense, que absolument tout le monde a détesté, mais que j’avoue avoir vraiment apprécié, car répond aux incohérences de l’intrigue elle-même, avec un humour absurde qui rend l’ambiance et le contexte de ce film tout aussi absurde ! 

C’est ça qui marche, mettre une tension, poser un mystère sur une situation qui semble si simple, jusqu’à qu’un verdict soit pris, concluant le film, mais pas nos doutes.

Le casting est excellent, Sandra Hüller tout en subtilité dans ses émotions, vraiment juste, le jeune Daniel qui m’a bluffé quand j’ai appris que l’acteur n’était pas aveugle, Swann Arlaud aussi (dieu merci, on a évité la relation amoureuse, même si effleuré), Antoine Reinartz à fond …

UNE RÉALISATION COUPABLE D’ACADÉMISME

Mon souci réside dans la forme. La réalisation est très académique, très simple, parfois un peu trop « autorisant » à mon sens, ça bavarde peut-être un peu trop, ça manque d’une caméra qui raconte véritablement quelque chose au lieu de simplement illustrer. Et je ne suis personnellement pas très fan du choix du format et de la photographie. Le 16:9 est beaucoup trop large pour un film censé apporter une telle tension, presque télévisuelle, et la photographie est trop « éclairé », toutes les couleurs ressortent, ça manque de nuance, je trouve vraiment que la forme fait trop téléfilm français malheureusement, et ça m’a quand même titillé durant le visionnage.

C’est un film qui mise vraiment tout sur son lyrisme presque théâtral, sur son histoire si ambigüe car la forme est beaucoup trop en retenu pour moi. C’est pour cela que même si c’est un très bon film, je trouve sa réception quelque peu surévaluée.

Sources :
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