Aujourd'hui :

vendredi 19 juillet 2024

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

Godzilla : un Blockbuster Old-School

Le type de blockbuster dont on a besoin actuellement ! Avec les ingrédients qu’il faut ! Du grand spectacle, des personnages développés, des thématiques fortes et une générosité à toute épreuve ! Mais ce qui rend ce film si impressionnant, c’est son budget de seulement $10M ! Loin des $200M de Godzilla vs Kong ! Je n’ai jamais vu un résultat aussi étonnant avec un tel budget ! Car oui, le film est avide en destruction, avide en Godzilla, et à partir de là, on se demande où est passé l’argent ! (Le Japon ne paie pas forcément très bien ses artistes, seul argument trouvable)

Godzilla Minus One surprend car il arrive à un moment où Hollywood oublie ses codes si simples, mais qui font un blockbuster mémorable, même le terme blockbuster est remis en question !

Malgré plus d’une trentaine de films au compteur et 70 ans d’existence, ce film apporte du neuf dans la saga ! Pas forcément en pleine Seconde Guerre Mondiale ou dans les temps présents, le réalisateur, Takashi Yamazaki (aussi scénariste et superviseur des VFX, “chapeau à lui”) choisit de positionner ce film dans un Japon post Seconde Guerre Mondiale, à leur plus faible échelle, ayant perdu la Guerre face aux USA, ayant subit des pertes immenses suite au déclenchement des bombes atomiques, et devant vivre avec un gouvernement qui a lamentablement géré cette crise ! L’état 0, et il manquait plus que Godzilla arrive pour qu’on en arrive à l’état -1 (Minus One) !

UN JAPON POST BOMBE ATOMIQUE

Ce film a un point de vue très japonisant évidemment mais loin d’être patriotique tant le système est remis en question (notamment suite à la crise du covid-19 qui a inspiré le réalisateur et l’anxiété apporté aux japonais) ! Ce film, c’est un film d’espoir, un film pour le peuple ! Un film où dans la pire des situations, une nation peut se relever et défendre ses aimés ! Un film où on redore le blason d’un pays, une œuvre où il peut connaître la victoire, connaître la rédemption ! 

Et cette thématique est complètement personnifiée dans le protagoniste principal, un homme se considérant comme un lâche, culpabilisant de ne pas être mort, et avec un fort traitement du stress post-traumatique ! On développe ce personnage de A à Z, on le voit évoluer de sa peur à un courage galvanisant, il représente la malédiction de Godzilla, partout où il va, il s’y trouve, il est le trauma des japonais et il est leur rédemption.

De plus, tout son entourage est développé ! Sa compagne (qui n’est pas exactement sa compagne, le concept de la famille « par défaut » de rescapés est très intéressante), ses collègues qui m’ont énormément rappelé le petit groupe des Dents de la Mer avec un stéréotype par personnage (le jeune, le scientifique, le capitaine), ils sont absolument tous excellents et l’alchimie présente ! 

Effectivement, en terme de fond, le film est fort mais en terme d’écriture, le scénario reste simple et assez prévisible dans son dénouement, sans compter l’ajout d’un GROS happy end sorti du chapeau et pas forcément nécessaire (mais à l’échelle de la qualité du film, c’est du chipotage). On retrouve aussi les codes du film japonais avec tout un jeu entre musique et silence, et un acting très descriptif, extravagant, qui plaira ou pas, mais qui rajoute aussi un peu de légèreté bienvenue pour un film essentiellement très premier degré !

L’INFLUENCE “SPIELBERGIENNE”

Et il y a la mise en scène que j’ai trouvé simple mais extrêmement efficace ! Notamment car le découpage paraît fluide, car le rapport personnage – Godzilla fonctionne, en ne cessant d’iconiser celui-ci et de le filmer en contre-plongé, créant cette anxiété, ce cloisonnement qui le rend terrifiant. On le voit toujours à l’échelle humaine ! (notamment dans la scène d’introduction, où Godzilla est encore petit en taille, en plan-séquence subjectif à point de vue humain, et qu’on n’aperçoit que ses pattes ou sa bouche tout d’un coup, surgir pour dévorer un mécanicien). Je retiens notamment les tilts de la caméra synchronisée avec « l’activation » de chaque montée des pics de la colonne de Godzilla, jusqu’au bouquet final !

Le film est très référencé ! L’introduction m’a beaucoup rappelé la séquence du t-rex dans Jurassic Park, lorgnant vers l’horreur ! Il en est de même pour la séquence en mer où Godzilla remplace littéralement le requin des Dents de la Mer de part son immensité et sa capacité à être submergé !

Une fois qu’il arrive en ville, j’ai littéralement eu le sentiment de revoir les aliens de la Guerre des Mondes en arrière-plan, en train d’annihiler les humains qui courent au premier plan ! Spielberg est une influence majeure ! On peut aussi voir du Miyazaki, du Dunkerque avec le dernier acte et même du Sergio Leone dans cette séquence de duel où il n’y a QUE le protagoniste face à Godzilla !

UN ENJEU DÉFINI

Le design de Godzilla est très dérangeant, dans le bon sens du terme ! Il a des traits très grossiers, peu réalistes, qui le ramènent presque à son statut quasi divin ! C’est plus qu’un gros lézard et il y a une forme d’authenticité, d’artisanat qui ressort de ce Godzilla ! Sa démarche robotique, ce regard froid et terrifiant, la sensation que quelqu’un soit déguisé à l’intérieur comme à l’époque ! Godzilla n’a jamais été aussi terrifiant que dans ce film ! Quatre grosses séquences sur 2h, pile ce qu’il faut pour regretter sa présence !

Et le son aide à cela! Il y a une immersion folle ! L’enjeu n’a jamais été aussi clair qu’avec la présence de son rayon thermique qui est une littérale bombe atomique ! (Logique avec le symbole du monstre, toujours synonyme avec les bombes créés par un certain Oppenheimer) !

Et les stratagèmes pour tenter de le défaire à la fin, m’ont paru assez neufs et satisfaisants à voir ! Mais oui, la tension est présente dès le début ! On tremble face au dernier acte, car les personnages sont attachants et l’enjeu établi ! Simple mais tellement oublié de nos jours !

Je titillerai quand même sur 2-3 problèmes de montage qui m’ont fait tiquer, et le fait que les effets spéciaux ne soient pas non plus parfaits ! On ressent à certains moments les incrustations et le côté kitsch que peut avoir le film.

Sinon, ce film est un miracle ! Et un exemple que Hollywood doit suivre ! Pas un chef-d’œuvre comme j’ai pu l’entendre, juste un film qui coche toutes les cases d’un film de kaiju réussi, et qui restera dans les annales du genre !

Sources :
Partager cette publication :
Facebook
Twitter
LinkedIn
Email
WhatsApp