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vendredi 2 décembre 2022

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

Pourquoi se coller à la glue aux œuvres d’art ?

Depuis quelques semaines, plusieurs activistes écologiques du groupe “Just Stop Oil » se font remarquer par l’extrémisme de leurs actions pour se faire entendre : dégrader des œuvres d’art en accusant le monde de rester inactif face à la destruction de l’environnement et à l’évolution climatique très inquiétante que nous vivons aujourd’hui. 

En Mai 2022, La Joconde de Da Vinci se prend un gâteau dans la tête, heureusement protégée par une vitre. 

Le 29 Juin 2022, deux militant.e.s taguent une colonne du message “just stop oil” et collent leurs mains sur le cadre d’un paysage de McCulloch.

Le 30 Juin 2022, deux activistes collent leurs mains contre le cadre des Pêchers en fleurs, de Van Gogh. 

Le 1er Juillet 2022, deux militant.e.s se sont collé.e.s à une œuvre de Turner, ayant tagué le sol précédemment. 

Le 4 Juillet 2022, des militant.e.s recouvrent le tableau de Constable, The Hay Wain, avec une reproduction contemporaine et collent leurs mains sur le cadre.

Le 5 Juillet, c’est La Cène de Giampietrino, qui est victime du mouvement. 

Le 9 Octobre 2022, deux activistes se collent les mains contre le plexiglas de l’œuvre de Picasso, Massacre en Corée.

Le 15 Octobres 2022, deux jeunes militant.e.s aspergent de sauce tomate l’oeuvre des Tournesols de Van Gogh et se collent une main contre le mur, récitant un discours accusant le monde d’être plus concerné par la protection d’une oeuvre que par celle de la planète.

Le 24 Octobre 2022, Les Meules, de Monet, est éclaboussé de purée et affublé de deux militant.e.s collés à ses pieds; tandis que Charles III est entarté au musée Tussauds, à Londres. 

Le 27 Octobre 2022, La jeune fille à la Perle, de Vermeer, est engluée par deux activistes de ce même groupe. 

Remarquons tout de même que les actions ont évolué de plus en plus violemment, passant d’une substitution ou d’un collage évitant de souiller l’œuvre à des actions plus démesurées, allant au massacre insolent de l’œuvre. Mais pourquoi attaquer l’art pour revendiquer une cause écologique ? 

 

I-Pourquoi, oui, pourquoi ?

 

En traînant un peu sur les réseaux, il est inimaginable d’avoir manqué ces vidéos qui tournent, de militant.e.s dégradant et scandant des appels à la considération de l’écologie. Le but de ces actions est évidemment de se faire remarquer, mais surtout de se faire entendre. D’ailleurs, les activistes expliquent leurs gestes une fois leur mission de détérioration accomplie : “Désolé.e.s tout le monde, on n’a pas envie de faire ça, on est collé.e.s à ce tableau, ce magnifique tableau, parce qu’on est terrifié.e.s par notre avenir” nous éclairent les activistes du 30 Juin. “Cette peinture fait partie de notre patrimoine, mais ce n’est pas plus important que les 3,5 milliards d’hommes, de femmes et d’enfants qui sont déjà en danger en raison de la crise climatique” explique un des activistes du 4 Juillet. La militante du 5 Juillet argumente qu’il est injuste de demander aux futures générations de respecter la culture alors que le gouvernement cherche à détruire l’avenir en autorisant des projets pétroliers et gaziers. Ces justifications sont vraies, les grandes entreprises projettent encore des ambitions polluantes et dangereuses pour l’environnement. GlobalData, la société britannique d’analyse des performances de l’économie mondiale, présente 420 projets pétro gaziers dans son “Africa Oil and Gas Projects Outlook to 2025 – Development Stage, Capacity, Capex and Contractor Details of All New Build and Expansion Projects”. La volonté d’encore utiliser ces énergies fossiles est à l’encontre d’une vision du monde plus écologique. 

Ainsi, pour lutter contre ces projets, pour se faire voir et entendre enfin, ce groupe entre dans l’extrémisme, s’attaquant aux œuvres d’arts. 

 

II-Détruire les oeuvres d’arts : les calculs sont pas bons

 

L’art est à la portée de tout un public, de toutes conditions, de tout genre, de toutes nationalités… etc. C’est un concept universel, qui se voit abîmé par un petit groupe aux idées bien précises à cause d’un petit groupe aux idées très arrêtées. C’est un patrimoine et une histoire qui se voit bafoués, un sentiment d’irrespect des perceptions du monde, tachées par de la sauce tomate. Les militant.e.s s’attirent certes, le regard des foules, mais aussi leur colère. Il y a, parmi ces gestes de destruction, un mauvais calcul : l’art fait ressentir, c’est un concept qui peut chercher à transcender l’humain, il s’adresse à l’âme. En détruisant, cachant, en se permettant une familiarité inconvenante avec l’œuvre, les activistes se placent au-dessus de cette expérience humaine. Ils privent le public d’un sens, celui du regard, et altèrent ce qui apporte de l’émotion. En s’attaquant à l’art, les militant.e.s provoquent l’inverse du positif : pour les amoureux de l’art, c’est un raz-de-marée d’incompréhension et de colère, pour les visiteurs occasionnels de musées, c’est tout de même une certaine émotion d’indignité. C’est amusant de constater que la sensation se rapproche du vol ou de la destruction d’un bien par autrui, même si l’œuvre ne nous appartient pas personnellement. Quoi qu’il en soit, ces gestes n’apportent qu’un regard irrité des foules. 

On pourrait croire que ce courroux est un peu égoïste : quelle est la valeur d’une œuvre face à la destruction de notre monde ? 

 

III-La portée symbolique

 

Les militant.e.s semblent s’attaquer uniquement aux œuvres en lien avec la représentation de la nature, de guerres ou de pouvoir. Les œuvres visées ont une portée symbolique assez simple à lire : la destruction de l’environnement et l’insécurité de milliers de personnes, à cause de décisions gouvernementales. Le fait de se coller à une œuvre, outre la démonstration de l’importance dérisoire de l’œuvre au vu des vies humaines, permet de s’offrir un outil de visibilité. Des millions de personnes passent devant des œuvres d’art tous les jours, ce seront des millions concernées par les revendications du groupe, à la manière d’une performance artistique faite pour provoquer. Le geste de jeter de la soupe est absurde, mais c’est bien ça l’idée : conserver un dialogue, des interrogations, à la manière d’un artiste présentant sa nouvelle œuvre. Les œuvres choisies sont, en plus, la plupart du temps protégées par des vitres. La censure de l’œuvre est éphémère mais brutale, elle doit faire réagir, marquer les esprits, quitte à viser l’absurdité pour attirer l’attention. C’est pour cela que ces éclats sont devenus plus violents envers les œuvres, le monde finit par s’habituer aux choses les plus insolites, telles que le changement climatique ou la destruction environnementale, et il faut toujours plus chercher à attirer les regards. 

 

Pour conclure 

 

L’art est intouchable dans notre société, il nous fait ressentir. L’écologie est un combat quotidien dans notre société, mais il n’a pas la même portée symbolique, et n’intéresse pas autant le monde. Profiter de la visibilité de l’art, c’est pouvoir faire passer un message. Mais c’est un message redondant et lassant, qui se répète jour après jour. Alors, il faut faire ce qui est extraordinaire, en utilisant l’art, et faire évoluer les techniques au fur et à mesure que les gens s’habituent aux actions. Les œuvres attaquées sont protégées la plupart du temps, mais c’est ici s’attaquer directement aux sentiments du public. Il y a, dans ces actions, un jeu stratégique qui est devenu trop extrême : l’absurdité semble avoir dépassé ce que les sentiments humains peuvent accepter. 

 

Sources :

image: canva

-Biaou Lorianne, 428 nouveaux projets pétroliers et gaziers seront développés en Afrique d’ici 2025 (GlobalData), le 13/04/2021, consulté le 27/10/2022 : https://www.agenceecofin.com/hydrocarbures/1304-87113-428-nouveaux-projets-petroliers-et-gaziers-seront-developpes-en-afrique-d-ici-2025-globaldata

-Boisclair Valérie, De soupe et de purée : pourquoi les militants écologistes ciblent-ils les musées ?, le 26/10/2022, consulté le 27/10/2022 : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1927667/actions-militants-musee-oeuvres-art-monet-van-gogh-explications

-Dargenton Amandine, Inaction climatique : collage humain, jet de purée… ces activistes qui choisissent des mesures extrêmes pour militer, le 25/10/2022, consulté le 27/10/2022 : https://www.sudouest.fr/international/inaction-climatique-collage-humain-jet-de-puree-ces-activistes-qui-choisissent-des-mesures-extremes-pour-militer-12738112.php

-Hakoun Agathe, Grande Bretagne : des militants écologistes se collent à des chefs-d’oeuvre pour alerter sur le climat, le 06/07/2022, consulté le 27/10/2022 : https://www.connaissancedesarts.com/arts-expositions/londres/grande-bretagne-des-militants-ecologistes-se-collent-a-des-chefs-doeuvre-pour-alerter-sur-le-climat-11175073/

-TF1Info, Les “Tournesols” de Van Gogh apergés de soupe par des militants écologistes à Londres, 14/10/2022, consulté le 27/10/2022 : https://www.tf1info.fr/international/video-les-tournesols-de-van-gogh-asperges-des-militants-ecologistes-jettent-de-la-soupe-sur-le-tableau-de-maitre-a-la-national-gallery-de-londres-2235406.html

 

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