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samedi 28 mai 2022

Le journal des étudiant.e.s de Lyon 3

Politique, écologie et démagogie

Les élections présidentielles françaises approchent, et avec elles le lot de divergences et de démagogie. 

Liée aux débats sur l’énergie, sur l’avenir, et autres problématiques, la question écologique fait partie des questions clés de cette campagne, notamment depuis les dernières élections municipales ayant vu une victoire écrasante du « parti écolo », Europe écologie les verts. 

Le problème qui se pose à présent est de savoir si les propositions des différents candidats en matière écologique sont réalistes ou plutôt vagues voir fantaisistes, pêchant peut-être par manque de conviction. 

Il ne s’agit pas ici d’exprimer sa sympathie pour tel ou tel candidat mais d’examiner la cohérence et la plausibilité des mesures proposées. 

Nous nous limiterons à deux thèmes, que nous examinerons successivement en analysant plusieurs mesures de certains candidats pour montrer que la gestion de ces thèmes est parfois lâche. Nous étudierons tout d’abord, les prises de position autour de la question énergétique afin de diminuer les émissions de CO2 (la fameuse transition écologique), avant de nous intéresser à la question alimentaire et environnementale à proprement parler. 

En matière de transition écologique, la première question qui peut se poser est de savoir comment les candidats comptent financer leurs mesures. Certaines idées peuvent sembler fantaisistes, comme celle de Jean-Luc Mélenchon qui espère investir 200 milliards d’euros en rétablissant l’impôt sur la fortune (ci-après : “ISF”) et en mettant en place une taxe sur les entreprises polluantes. Il faut noter que le produit de l’ISF s’élève entre 3,5 et 4,5 milliards d’euros entre 2006 et 2010, bien loin du compte donc ! Ainsi, la proposition d’un ISF climatique d’Anne Hidalgo semble elle aussi insuffisante pour pallier au problème de la transition, notamment que son souhait « d’élargir le fonds pour une transition juste » semble bien vague… Au niveau de la question nucléaire qui est de plus en plus cruciale, le souhait de Valérie Pécresse de construire six nouveaux réacteurs et celui d’Eric Zemmour d’en construire quatorze laissent plusieurs problèmes en suspens. En effet, les coûts d’entretien d’un réacteur nucléaire s’élèvent à 1,7 milliards d’euros par an. Toutefois, les propositions de sortie complète du nucléaire de Philippe Poutou et Jean-Luc Mélenchon peuvent sembler utopiques au vu de la production beaucoup plus faible d’électricité des énergies renouvelables (notamment les éoliennes). Enfin, le vœu d’Anne Hidalgo d’exiger une transition écologique de la part des GAFAM semble bien peu réalisable. 

En bref, la question énergétique est complexe, un équilibre entre budget et écologie étant difficile à trouver. 

En matière de protection de l’environnement, beaucoup de mesures ressemblent à des vœux pieux. Ainsi, Yannick Jadot annonce vouloir faire reconnaître le crime d’écocide (atteinte grave voire irrémédiable portée aux écosystèmes) sans préciser outre mesure la pratique d’une telle notion et ses conséquences. On peut aussi se demander si la volonté d’Eric Zemmour de faire émerger une filière industrielle pour mieux recycler les plastiques et de créer un fond de reboisement sera suffisante pour résoudre les nombreux problèmes écologiques (tel que la présence de déchets toxiques). 

Certaines propositions relatives au bien-être animal semblent légères. La proposition d’Anne Hidalgo de lancer les « Assises du bien-être animal » n’engage aucun projet précis. Celle de Nicolas Dupont-Aignan de créer un fond national d’aide aux associations de protection animale laisse perplexe face à l’ampleur du problème. Enfin, la proposition de Fabien Roussel d’empêcher le développement des élevages industriels semble faire fi du coût de la viande « équitable », plus élevée que celle industrielle, qui pourrait détourner certains acheteurs au pouvoir d’achat faible à la consommation. 

Enfin, au niveau de l’usage des pesticides, le refus de Valérie Pécresse de la stratégie sans pesticides frappe par son décalage avec les scandales autour de leur usage (comme celui concernant le chlordécone). Quant à la proposition d’Eric Zemmour de financer la recherche et l’innovation dans le domaine de la robotique agricole pour réduire l’utilisation des pesticides, elle semble peu convaincante, n’offrant pas de garanties réelles. 

En bref, les questions de l’alimentaire et de la protection de l’environnement semblent abordées de manière superficielle par les candidats, qui ne prennent pas en compte tous les éléments concernés par ce problème. 

En conclusion, malgré l’engagement de la plupart des candidats en matière de transition écologique, de production alimentaire et de protection de l’environnement, les mesures  proposées semblent superficielles, légères et incomplètes. La faute en incombe peut-être à une popularité du sujet, qui malgré ses effets positifs entraîne aussi son lot de propositions démagogues. La complexité du dossier environnemental, incluant des éléments économiques, sociaux, internationaux… ne permet pas non plus de trouver des solutions efficaces, surtout dans un monde interdépendant au niveau de la production, qu’elle soit au niveau des ressources ou des produits. 

Sources :
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