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jeudi 26 mai 2022

Le journal des étudiant.e.s de Lyon 3

L’interdiction du port du voile dans les compétitions sportives : la discrimination gouvernementale sans fin des femmes musulmanes

Il y a un peu plus d’un mois, à la suite de l’examen d’une proposition de loi sur la démocratisation du sport en France, les sénateurs ont voté un amendement, le 19 janvier, porté par le groupe Les Républicains (LR).

Une nouvelle proposition de loi débattue : le renforcement de la politique contre le voile

Michel Savin, rapporteur LR de l’amendement, un homme non musulman et vous l’aurez compris, non voilé, revendique une énième législation contre le port du voile. Il souhaite ainsi ajouter un amendement, allant à l’encontre de l’avis du gouvernement, qui propose “l’interdiction du port de signes religieux ostensibles lors d’événements sportifs et compétitions sportives organisées par les fédérations sportives”

Après l’école, le travail, la plage c’est au tour du milieu sportif de se voir imposer une interdiction du voile. Cette loi qui restreint une fois de plus la liberté des femmes voilées, est malheureusement déjà en application au sein de la Fédération Française de Football.

Tandis que la FIFA autorise les joueuses à porter leur voile depuis 2012, la FFF est l’exception européenne, selon elle “le respect des principes constitutionnels et législatifs de laïcité prévalent dans notre pays”.

Cet agenda politique de laïcisation de l’espace sportif met en péril l’avenir professionnel de plusieurs sportives voilées de confession musulmane.

La prise de position du gouvernement : entre silence et contestation

Suite à cet amendement, un débat médiatico-politique a vu le jour et plusieurs membres du gouvernement se sont exprimés… ou pas.

Malgré l’importance de son poste dans ce débat, la ministre chargée des Sports Roxana Maracineanu  reste étonnement silencieuse, alors qu’en 2019, lors de la polémique de la vente de hijab de running à Décathlon, elle s’était exprimée. Elle souhaitait “promouvoir le sport pour tous dans une logique de progrès, d’inclusion, de respect d’autrui et de mixité”.

Sa collègue Elisabeth Moreno, ministre déléguée à l’égalité hommes-femmes, déclare quant à elle le 10 février que les femmes avaient « le droit de porter le voile islamique pour jouer».

Cependant cette solidarité manifeste aux femmes musulmanes de la part de Mme Moreno provoque une frénésie chez Les Républicains, entre autres suite à la prise de parole d’Eric Ciotti qui dénonce une « soumission face à l’islamisme ».

À la suite de ce déferlement politique, des femmes concernées par cette loi prennent les devants pour s’opposer à cet amendement liberticide. En effet, depuis mai 2020, un collectif sous le nom des Hijabeuses a été créé afin de permettre aux filles voilées d’évoluer dans les compétitions sportives sans restriction.

Les Hijabeuses : leur match contre le gouvernement

Ce mouvement avait pour but initial de dénoncer la discrimination que les personnes voilées subissent à travers la réglementation de la Fédération Française de Football. Mais leurs revendications prennent une tout autre ampleur lorsque toutes les compétitions sportives risquent d’être menacées par cette restriction.
Elles médiatisent alors leur combat et appellent à protester en face de l’Assemblée Nationale, et souhaitent organiser un match “contre les députés”.

Mais l’équipe adverse n’a pas fait preuve de fair-play, car en plus d’être exclues des terrains de foot, elles l’ont été de l’espace public, puisque les Hijabeuses se sont ainsi vues refuser leur manifestation par le préfet de Paris.

Elles ressortent néanmoins victorieuses de cette annulation de match, suite à la décision du tribunal administratif jugeant cette interdiction illégale et portant gravement atteinte à la liberté fondamentale du droit de manifester.

La France pays des droits… de discriminer les femmes voilées

Une manifestation peut être interdite par les autorités compétentes si celle-ci contient un risque de troubler l’ordre public.

Mais alors en quoi une dizaine de jeunes femmes jouant au football constitue un trouble à l’ordre public ?

C’est dans les justifications du préfet que l’on obtient la réponse à cette question absurde. On comprend ainsi l’hypocrisie étatique face aux décisions restreignant la liberté des femmes musulmanes.

Selon la Préfecture parisienne, la période électorale actuelleet le contexte international de lutte contre l’obligation faite aux femmes de porter le voile islamique en Iran ou en Afghanistan” justifient l’interdiction afin d’éviter les partisans de l’islam radicalet “des personnes hostiles à la cause défendue”.

Le préfet use donc d’un procédé que l’on nomme le fémonationalisme, soit l’instrumentalisation de discours féministes à des fins racistes.

Le gouvernement perçoit alors un collectif de jeunes sportives comme une menace et une atteinte aux libertés des femmes. Ce paternalisme étatique infantilise des milliers de femmes voilées françaises qui souhaitent “juste jouer au football”, comme le rappelle Founé Diwara, membre des Hijabeuses qui défend “le football pour toutes« .

Elle continue en expliquant que face à ces décisions, elles ressentent “une grande injusticeet “un sentiment d’être exclues”.

Le monde sportif est d’ores et déjà discriminatoire pour les femmes, et par cette hostilité, le gouvernement empêche une minorité en difficulté d’accéder aux compétitions. Quel que soit le milieu, ou l’environnement où se trouvent les musulmanes, la politique française continue de percevoir leurs vies comme une image portant atteinte aux principes de laïcité et allant à l’encontre de la République.

Mais une femme voilée jouant au foot, n’est pas un risque communautariste, un symbole patriarcal d’oppression ou une menace à la Constitution, c’est simplement une femme jouant au foot.

Sources :
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