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samedi 28 mai 2022

Le journal des étudiant.e.s de Lyon 3

Les fake news : comprendre ce nouveau fléau qui infeste et menace notre démocratie

Ces dernières années, les transformations politiques, technologiques, économiques et sociales de la société modifient indéniablement le paysage des communications, mettant à mal la qualité et l’authenticité des informations. La profusion des sources d’informations permet certes un accès abondant et direct à la connaissance mais menace la véridicité des faits en impactant la crédibilité des journalistes. La presse est ainsi infestée par des contre-vérités et la défiance à l’égard des médias traditionnels ne cesse de croître. Aujourd’hui plus utilisées que jamais, les « fake news » connaissent un regain d’intérêt et deviennent un outil efficace de manipulation de l’opinion publique. 

Histoire, fonctionnement et enjeux : tentons de comprendre les mécanismes d’un nouveau fléau très inquiétant à l’ère des réseaux sociaux et de la mass-média. 

 

Les origines diffuses d’un phénomène parfois difficile à définir

Définies comme de « fausses nouvelles lancées en connaissance de cause dans le champ médiatique » par Pascal Froissart, enseignant-chercheur en Communication, les fake news se reconnaissent par leurs intentions frauduleuses. Elles font véritablement leur apparition dans les médias francophones quelques mois après les élections de 2016 aux États-Unis, lorsque les Français sont eux aussi appelés à élire leur nouveau président. En réalité, les fausses informations ont toujours existé mais la manipulation intéressée de l’actualité est directement liée à l’émergence puis à la massification des médias. Ce mot issu du vocabulaire anglais se traduit de diverses façons mais la Commission d’enrichissement de la langue française a proposé le mot-valise « infox » ; contraction d’« information” et d’« intoxication ». 

Si Trump est connu comme le maître des fake news en ayant employé ce terme près de 40 fois durant sa campagne présidentielle, les antécédents historiques sont nombreux et prouvent que la crédibilité de la presse a toujours fait l’objet de menaces.  

En 1938 par exemple, Orson Welles invente l’une des premières fake news de l’histoire mettant en scène une invasion d’extraterrestres sur Terre dans son émission de radio intitulée « la guerre des mondes ». Cela peut paraître invraisemblable et pourtant, par un effet boule de neige la population américaine a rapidement pris panique face à l’imminence de cette fausse invasion. 

Les États-Unis sont le berceau des fake news car les Américains sont adeptes des théories du complot, mais tous les pays possèdent en fait leur catalogue d’informations trompeuses. Les personnalités politiques ont fréquemment utilisé l’information à leur guise pour redorer leur image, faire pression sur la scène internationale ou encore décrédibiliser leurs adversaires.  

 

Fake news, mésinformation, désinformation : quelles différences ? 

Selon un article paru dans Le Monde, les fake news doivent être distinguées des « false news » qui, contrairement aux premières, ne sont pas le fruit d’une volonté crapuleuse de tromper le lecteur mais de simples erreurs sur l’interprétation de l’information. Claire Wardle, chercheuse à Harvard estime quant à elle qu’il est préférable de ne pas utiliser le terme « fake news » qui ne couvre pas l’ensemble des désordres susceptibles de se produire dans le champs médiatique. Elle préfère ainsi le terme de « trouble informationnel » qui se décline en trois pratiques : la mésinformation, la désinformation et la malinformation. 

La mésinformation est la transmission d’informations fausses n’ayant pas été créées dans l’intention de nuire. La malinformation traduit une interprétation biaisée – volontairement ou non – de la réalité. Les faits sont donc vrais mais le sens qu’on leur donne ne l’est pas. La désinformation est quant à elle ce qui se rapproche le plus des fake news car il s’agit de fausses informations délibérément véhiculées dans l’objectif de nuire et de manipuler. Ce dernier phénomène est le plus problématique car les fausses informations sont souvent si plausibles qu’elles se fondent totalement dans la masse des vraies informations. 

Le mécanisme des fake news est plutôt simple à comprendre. Tout d’abord, l’information s’appuie sur un titre accrocheur dévoilant un « scoop », une bombe que les lecteurs découvrent en exclusivité. Une fois créée, l’information est entraînée par l’engrenage des réseaux sociaux et circule à grande vitesse. Les créateurs de fake news savent que plus de la moitié des citoyens s’informent par les réseaux sociaux, notamment par Facebook et Twitter qui ont été créés justement pour simplifier l’accès à l’information en donnant la possibilité de la commenter et de la partager. 

Un sondage publié par France Info relate que plus de 30% des Français reconnaissent avoir déjà relayés des fake news et 90% estiment y avoir déjà été confrontés dans leur vie quotidienne. La preuve en est donc, les fake news sont efficaces, rapides et jouent de la vulnérabilité – voire de la naïveté – des lecteurs pour se diffuser à l’échelle planétaire. 

Comment se propagent les fake news et quels en sont les intérêts ? 

Les fake news peuvent être propagées pour des buts différents mais sont rarement le fruit d’une erreur ou d’une simple plaisanterie de mauvais goût. Des intérêts politiques, idéologiques et financiers se cachent souvent derrière un titre accrocheur et la source de l’information peut ainsi manipuler l’opinion publique à sa guise. 

La diffusion des fake news influence la propension du public à les croire. Plus une information est relayée, plus le public tend à croire qu’elle est vraie. C’est un mécanisme qui joue d’une vérité illusoire. L’abondance d’informations fausses impacte de manière négative la capacité à identifier « le vrai du faux » et il devient facile de se perdre dans cette masse. En faisant appel à nos émotions et à notre affect, les fake news suscitent de la colère, de la solidarité, de la peur ou de la joie et bien souvent, le sensationnel l’emporte sur le rationnel. Ces émotions poussent ainsi les lecteurs à partager l’information. D’après une étude du Massachusetts Institute of Technology (MIT), une fake news a 70% de chance supplémentaire d’être retweetée qu’une information véridique. 

L’objectif étant de faire réagir, la fake news devient un réel outil politique si bien que certains candidats comme Trump basent leur stratégie de campagne essentiellement dessus. Les intérêts politiques sous-jacents sont évidents : l’objectif est de manipuler l’opinion publique pour l’influencer dans un sens déterminé et ainsi, mieux la contrôler. Les intérêts économiques sont également notables : la diffusion à grande échelle de ces fausses informations génère des revenus publicitaires et donc du profit ce qui, dans une société capitaliste, encourage à diffuser toujours plus. L’enjeu est tel qu’on peut estimer qu’un nouveau marché de l’information se crée sur la base des fake news et la concurrence fait rage. 

 

Les menaces à la démocratie et au débat public 

Les fake news ont pris une telle ampleur dernièrement qu’elles représentent un véritable problème de société. Elles suscitent des craintes et de l’indignation mais traduisent surtout l’état réel de la confiance des citoyens envers leurs représentants. Aujourd’hui preuves d’une véritable défiance à l’égard des élites notamment politiques, elles instaurent un climat de doute permanent quant à l’information. Le désintérêt pour les médias traditionnels n’est pas nouveau mais la méfiance des lecteurs atteint un paroxysme. Selon le baromètre de la confiance politique publié par le Centre de recherches politiques de Sciences Po, les médias sont, après les partis politiques, l’institution sociale envers laquelle s’exprime la défiance la plus forte. Les lecteurs veulent des informations véridiques, objectives et en direct et se tournent donc vers des médias alternatifs souvent peu fiables. Cela explique donc le succès que rencontrent les fake news

Ce phénomène peut également être interprété comme une prise de parole contenant un discours politique de la part des catégories de population se sentant exclues de l’espace médiatique et politique. En intervenant dans le débat public, ces catégories se politisent mais créent également toute sorte de théories du complot envers les « élites » et alimentent l’engrenage du doute et de la méfiance. 

 

Les fake news sont donc un nouvel indicateur d’une crise démocratique où la confiance politique décroît chaque jour. Une grande partie de la population ne se reconnaît plus dans les informations quotidiennes et se sent au contraire délaissée par une élite qui la rejette. L’esprit critique est mis à mal car la fiabilité de l’information est de plus en plus dure à déterminer. Par conséquent, la naïveté l’emporte fréquemment sur la véracité. L’éducation aux médias, la prudence et la pluralité des sources peuvent être des solutions. Avant tout, il faut que la population prenne conscience du danger que représentent les fake news pour la démocratie et manifeste la volonté de remédier à ce fléau.

Sources :
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