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samedi 28 mai 2022

Le journal des étudiant.e.s de Lyon 3

Les coulisses de la réalité des musiciennes

La musique occupe une place omniprésente dans nos vies à tous. Grâce à l’évolution des technologies au fur et à mesure des années, elle est utilisée comme un outil commercialisable depuis maintenant plusieurs décennies. En plus de cela, grâce aux réseaux sociaux, les artistes nous semblent beaucoup plus accessibles et proches ; il est d’autant plus simple de s’identifier à eux. Pour inaugurer la première collaboration entre les rubriques « Fémi’news » et « Musique » du Jean Moulin Post, j’ai contacté quatre musiciennes en France afin de partager leurs points de vue et expériences en tant que femmes et musiciennes. Bonne lecture ! 

 

Témoignage n°1 : Nina Attal

Nina Attal est une chanteuse française, guitariste et auteure-compositrice née en avril 1992, dont le style musical est à la croisée de la funk, du rythm’n’blues et du rock.

En tant que femme, quelles difficultés avez-vous rencontrées tout au long de votre carrière ?

Très honnêtement, je ne pense pas pouvoir dire que j’ai rencontré des difficultés en tant que femme dans ce milieu. En revanche en tant que femme, blanche, jeune dans le blues, ça a été long de faire comprendre aux élitistes de ce milieu que j’étais tout à fait légitime de jouer cette musique qui m’habite depuis mon enfance.

[…] Les obstacles que j’ai pu rencontrer au cours de ma carrière ne m’ont jamais fait douter de mes capacités et de mon envie de faire ce métier. Je crois que c’est pour cela que personne ne m’a jamais trop emmerdé. J’ai un gros caractère et une grande gueule, je pense que cela a joué aussi. […] J’approche de la trentaine et le fait de commencer à vouloir fonder une famille me fait peur avec la vie que je mène. Artiste constamment sur la route et mère… on verra ce que ça donne.

Quelles sont celles [les difficultés] qui sont les plus récurrentes, encore aujourd’hui ?

J’aimerais que les femmes aient plus confiance en elles et ne doutent pas de l’importance qu’elles ont dans le milieu de la musique. Et pour cela, les comportements doivent changer chez elles et chez les hommes qui leur font ressentir cela.

Témoignage n°2 : Gaëlle Buswel

Gaëlle Buswel est une chanteuse française, guitariste et auteure-compositrice originaire d’Alfortville, dont le style musical s’inspire du blues, de la folk et du rock des années 70.

Je lis et j’entends très – trop – souvent dire qu’il n’y a pas de guitariste française légitime de sa popularité aujourd’hui. Ces affirmations sont les plus souvent formulées par des hommes qui ne sont même pas dans la musique. Que leur répondriez-vous en tant que musicienne ayant réussi dans ce vaste domaine ? 

C’est toujours plus facile de critiquer quand on n’est pas concerné et que l’on pense savoir mieux que tout le monde. Je pense qu’il ne faut pas perdre son temps à leur répondre car c’est un cercle sans fin. Ils auront toujours quelque chose à dire et c’est une perte de temps. Je me dis toujours que même si quelqu’un critique un artiste, au moins ça fait parler de lui au bout du compte. Mais personnellement, je trouve qu’il y a de nombreuses guitaristes féminines qui méritent cette popularité, sauf qu’elles ne sont pas assez médiatisées. C’est un petit cercle en France, la guitare et le rock, et tant qu’il n’y a pas écrit « vu à la télé » pour un artiste, ça le rend moins légitime, ce qui est complètement ridicule.

Si vous deviez donner un ou plusieurs conseils aux jeunes filles qui n’osent pas se lancer dans le domaine musical par crainte de ne pas y arriver à cause des préjugés dont elles souffrent, que leur diriez-vous ? 

Allez à des « Open Mic » ou des sessions acoustique ouvertes au public où tu peux jouer quelques titres (si tu joues d’un instrument). Généralement, dans les Open Mic ou les jams, il n’y a que des gens passionnés et ça permet de rencontrer du monde dans le même univers que vous parfois, et ça motive ! Et surtout foncez, cette vie vous appartient et il ne faut rien regretter, on vit dans un monde complexe en perpétuel changement, et le temps passe vite, même très vite, alors il faut se poser le moins de questions possibles. Plus on écoute les gens et moins on se lance dans des projets, la spécialité des gens sera toujours de vous dire « oui, mais… ». Et je pense que c’est le cas pour tous les métiers, même en dehors de la musique. 

Il faut aller vers ce qui vous attise le plus. Il faut travailler dur, certes, mais c’est comme pour tout. Ne laissez personne juger ce qui vous anime et vous rend vivant. Il faut oser, essayer, tomber, se relever, recommencer et c’est ce qui fera la différence. La critique sera toujours plus facile que les gens qui essaient, mais au moins en essayant et en vous lançant vous construisez des choses que les autres n’auront pas et ça aussi ça fera la différence. Laissez sortir la personnalité qui sommeille en vous et faites-vous plaisir, surtout !

Témoignage n°3 : Swanny Elzingre

Swanny Elzingre est une batteuse au parcours atypique. Pas de longues études au conservatoire, mais des rencontres musicales déterminantes et beaucoup de scènes ont fait d’elle une musicienne libre et aguerrie.

Quelles sont les difficultés qui sont les plus récurrentes, encore aujourd’hui ?

Cela fait une dizaine d’années maintenant que j’ai décidé de faire de la musique mon métier, environ 5 ans que je suis intermittente, et je pense avoir réussi à imposer une sorte de respect, qui fait que je ne suis pas embêtée au quotidien. C’est plutôt des quiproquos, parfois gênants, parfois drôles. On me prend pour l’attachée de presse ou la maquilleuse. Les gens n’imaginent pas que je puisse être une musicienne, et encore moins à la batterie. J’aime ce côté surprenant, mais les gens sont plutôt souvent agréablement surpris, contents de voir que des femmes exercent ce métier. 

D’un point de vue contraire, le fait d’être une femme dans le domaine musical a-t-il pu parfois se révéler être un avantage ?

Oui comme je le disais, certains contrats sont réservés à des femmes. J’ai eu plusieurs fois du travail grâce à ça : Juniore, le groupe dans lequel je joue toujours, était uniquement féminin. Pareil pour Nach (la petite sœur de Matthieu Chedid), ou encore Cali, que j’ai accompagné sur des promos car il recherchait une fille à la batterie. Mais de toute façon, ce qui compte à l’arrivée, c’est le travail et le réseau. Il y a une grande solidarité entre femmes dans le milieu des musiques actuelles. Je ne sais pas comment ça se passe dans la musique classique ou dans le jazz, mais dans la pop et le rock il y a beaucoup d’entraide et de soutien. C’est agréable de faire partie d’une famille plus grande ! J’ai joué dans beaucoup de projets uniquement féminins ou mixtes : je n’ai pas de préférence. L’idée c’est d’oublier le genre et de ne faire que de la musique.

Témoignage n°4 : Eliz Murad

Eliz Murad est une chanteuse-compositrice franco libanaise. Elle incarne un mélange de musique arabe, rock et punk. 

Je lis et j’entends très – trop – souvent dire qu’il n’y a pas de guitariste française légitime de sa popularité aujourd’hui. Ces affirmations sont les plus souvent formulées par des hommes qui ne sont même pas dans la musique. Que leur répondriez-vous en tant que musicienne ayant réussi dans ce vaste domaine ?

Je ne me lance pas dans ce genre de débat où je peux y perdre de l’énergie. Ces personnes ne comprennent pas que tout cela est systémique. 

Cela demande à une femme plus d’énergie dès le départ pour s’émanciper déjà de beaucoup d’a priori, parfois de sa culture ou son histoire pour imposer l’envie de faire de la guitare surtout électrique. Ensuite, il n’y a pas beaucoup de visibilité pour donner envie à d’autres femmes d’en faire autant. Beaucoup abandonnent en cours de route. Mais beaucoup de femmes guitaristes existent mais dans un milieu musical très masculins, ceux-ci auront tendance à se contacter entre eux pour monter des projets et être visibles, mais je pense que ça a tendance à changer de plus en plus.

En tant que femme, quelles difficultés avez-vous rencontré tout au long de votre carrière ?

L’infantilisation permanente, le regard dubitatif et méfiant sur mes capacités à faire des choses. Devoir toujours être dans le rapport de force pour se faire entendre et voir.

Quelles sont celles qui sont les plus récurrentes, encore aujourd’hui ?

L’infantilisation et se sentir sous-estimée.

D’un point de vue contraire, le fait d’être une femme dans le domaine musical a-t-il pu parfois se révéler être un avantage ?

Ça peut l’être en ce moment si on a beaucoup travaillé, il y a un intérêt commercial et de marketing à mettre en avant des femmes en ce moment. Enfin, on peut en profiter ! Mais bien-sûr grâce aux batailles de nos aïeules.

Sources :

Sources images :

  • Image mise en avant : Pexels, banque d’images libres de droit (Marcelo Chagas)
  • Images dans l’article : Pixabay, banque d’images libres de droit
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