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lundi 5 décembre 2022

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

Les caravanes de migrants en Amérique centrale, une crise migratoire et humanitaire majeure depuis 2018

Octobre 2018, plusieurs milliers d’émigrant.e.s guatémaltèques, hondurien.ne.s et salvadorien.ne.s fuient leurs pays empoisonnés par les gangs, la corruption et les inégalités. Ils sont soutenus par l’organisation Pueblos sin fronteras, qui les pousse à partir. Pauvreté et insécurité font partie des raisons qui les mènent à voyager vers l’Amérique du Nord, dans la quête d’un avenir paisible loin des violences et d’un emploi qui leur permettra d’envoyer une aide financière à leurs familles restées au pays. En effet, la situation dans les États centraux est catastrophique. Le nombre d’homicides par arme à feu en 2016 atteint 4227 au Honduras et 3961 au Salvador, alors même que ces pays ne sont pas en guerre. Les habitant.e.s se rassemblent en caravanes pour se protéger des gangs, comme las maras par exemple, qui sévissent dans les États parcourus. 

Le trajet débute au Honduras, puis les émigrant.e.s traversent le Guatemala et le Mexique, avant d’arriver aux frontières des États Unis. D’autres habitant.e.s se mêlent aux groupes déjà formés à mesure du voyage. Des caravanes similaires se joignent aussi aux premiers mouvements, depuis le Salvador, le Guatemala et le Honduras.

Ce voyage périlleux de 4000 km se termine brusquement puisque Donald Trump n’entend pas accueillir les immigrant.e.s et considère leur arrivée massive comme une crise qu’il faut gérer rapidement. En effet, l’Amérique se trouve dans un contexte d’élections législatives internes pour renouveler le Sénat et la Chambre des représentants. Le Président se saisit donc de la question de l’immigration pour mobiliser son électorat républicain, médiatiser la situation et affirmer l’infériorité des pays d’Amérique centrale par rapport aux USA. Il prend les devants pour gérer la crise de manière individuelle. Plusieurs solutions sont envisagées. 

D’abord, il inflige une pression économique pour que les pays traversés arrêtent la caravane migratoire et ferment leur frontières. Les États Unis finançant déjà en grande partie les États centraux et du Sud à travers de nombreux programmes de développement, il est donc facile de contraindre en menaçant de couper les vivres. Trump mobilise également 5000 soldat.e.s à la frontière mexicaine, tout en rejetant les demandes d’asile de celles et ceux qui parviennent à la franchir. Il fait aussi poser des barbelés et des barricades pour arrêter les immigrant.e.s. Plus tard, son projet de construction d’un mur sera rejeté par le Sénat, mais l’idée de frontière dure est déjà là.  

Les dynamiques diplomatiques et politiques à l’œuvre marquent l’unilatéralité des décisions prises par les USA guidés par la domination et la menace, aux moyens des fameux tweets du Président. Ils sous-traitent la gestion de la crise aux pays plus au Sud. Un accord avec le Mexique sera quand même trouvé en juin 2019 pour que les immigrant.e.s demandant asile soient renvoyés à la frontières le temps que leurs demandes soient traitées. Iels se rassemblent dans des villes comme Tijuana dans lesquelles les conditions de vie deviennent vite insalubres et la population en colère. Les maires des villes concernées tirant la sonnette d’alarme, les États Unis iront donc jusqu’à financer les métropoles mexicaines pour aider le pays à maîtriser la vague d’immigration.

Biden conserve une position similaire à celle de Trump, puisque la crise continue de s’intensifier. Il soutient financièrement le Honduras, le Guatemala et le Mexique qui ont mobilisé des troupes militaires aux frontières. Cela force les émigrant.e.s à trouver des routes plus discrètes et donc plus dangereuses, tenues d’une main de fer par les passeur.e.s et les gangs. 

 

En effet, cette crise migratoire a des conséquences politiques, mais elle est avant tout humanitaire. Les pays traversés sont gangrenés par les groupes armés qui profitent de la vague d’émigration pour exploiter au maximum les voyageurs. Cette caravane composée d’enfants, d’hommes et de femmes est soumise aux assassinats, aux extrocartions, aux viols, aux vols, aux enlèvements… Les conditions de voyages déjà difficiles (fleuves à traverser à pied ou à la nage, moyens de transports bondés et archaïques) sont couplées aux violences opérées par les gangs. 

Les ONG tentent d’établir des chemins plus sûrs et de prendre en charge les émigrant.e.s durant le trajet mais également à l’arrivée, au Mexique. Celui-ci se retrouve dans un rôle de pays d’accueil, bloqué entre la pression démographique et économique opérée par les migrants et la contrainte politique appliquée par les USA. Il réussit à répondre à cet équilibre grâce à l’aide des ONG, comme Oxfam et Médecins du monde par exemple, qui distribuent nourriture et aide sanitaire. Ces dernières tentent de protéger les populations contre les différents périls, même si cela paraît presque impossible au regard des évènements.

 

Ces multiples tragédies ont conduit les dirigeants centraux à demander aux USA de cesser la répression pour trouver des solutions différentes plus efficaces. Ils n’ont pas été entendus pour le moment. Les migrations en Amérique centrale continuent de s’intensifier chaque année. Aujourd’hui, environ 100 000 guatémaltèques, soit 2% de la population totale de l’État, ont émigré vers le Nord et l’espoir d’une vie meilleure. 

Ce phénomène migratoire de caravane est inédit. Il permet une plus grande protection pour les émigrant.e.s que s’iels voyageaient seul.e.s. Tout laisse à penser qu’il pourrait se reproduire dans d’autres endroits du monde, tant les violences faites aux migrants sont grandes. 

 

Pour aller plus loin dans la compréhension de cette crise, je vous conseille de visionner le film Sin nombre, réalisé par Cary Joji Fukunaga et sorti en 2009. Il retrace le chemin d’un jeune homme qui fuit un gang et de sa compagne de voyage de facto. Leurs histoires respectives sont un exemple des situations que vivent les émigrants vers l’Amérique du nord. 

Sources :
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