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lundi 5 décembre 2022

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

Les 12 millions de trop – Mariages précoces et droits des enfants

TW : violences sexuelles, viol

 

Depuis le 6 janvier aux Philippines, épouser une personne de moins de 18 ans est passible de 12 ans de prison. Le texte indique que « L’Etat considère le mariage d’enfant comme une pratique maltraitante des mineur.e.s parce qu’elle avilit, dégrade et rabaisse la valeur intrinsèque et la dignité de l’enfant ». Si la loi est une avancée majeure pour les droits des enfants, elle restera difficile à mettre en application en raison du nombre considérable de mariages d’enfants. En effet, aux Philippines, 1 fille sur 8 est mariée avant ses 18 ans. Cette pratique est une violation des droits humains et c’est un désastre pour la protection de l’enfance. Retour sur le mariage de jeunes filles à l’échelle mondiale.

 

Les statistiques mondiales 

Si aux Philippines les chiffres sont déjà effarants, la proportion mondiale de femmes mariées dans leur enfance est encore plus terrifiante : environ 21% des femmes dans le monde sont mariées avant leurs 18 ans, ce qui revient à 12 millions de jeunes filles par année. 

Les régions du monde où le mariage précoce des jeunes filles est le plus répandu sont l’Asie du Sud et l’Afrique Subsaharienne, où 37% des femmes sont mariées avant leurs 18 ans. Les pays les plus touchés sont le Niger, la République Centrafricaine et le Tchad. Dans certaines régions, les mariages précoces sont même contractés bien avant la puberté. Lakshmi Sundaram, directrice de l’association « Girls Not Brides », affirme : « Il n’y a aucune limite d’âge. Il arrive que des enfants de 6 ans soient mariées. L’homme que la jeune fille épouse peut avoir seulement deux ans de plus qu’elle comme 20 ou 30 ans de plus ». La pratique est tellement ancrée que dans certains cas, les jeunes filles sont promises dès leur naissance à un homme, pour se marier très tôt, à l’adolescence, sans pour autant vivre immédiatement avec leur mari. 

Si le phénomène concerne principalement l’Afrique et l’Asie du Sud, il ne s’arrête pas à ces régions : aux Etats-Unis par exemple, 248000 enfants ont été mariées entre 2000 et 2010, et dans la moitié des Etats, aucune limite d’âge pour le mariage n’est instituée. 

 

Pourquoi le mariage d’enfants ? 

Les raisons principales des mariages précoces sont la pauvreté, le manque d’éducation, mais aussi et surtout l’importance du respect des pratiques traditionnelles et normes sociales. En effet, les mariages précoces sont également le résultat de systèmes patriarcaux qui basent la valeur d’une femme sur sa virginité et sa fertilité. Par ailleurs, dans de nombreux pays, marier sa fille est considéré comme un moyen de protection de l’enfant en s’alignant avec la tradition. Cela peut également être un « filet de sécurité » pour les familles dont la fille a subi un viol, voire même une grossesse non-désirée à la suite d’un viol. Par exemple, au Malawi, les jeunes filles suivent un « rite d’initiation » dans des camps, autour de leurs premières règles, à l’issue duquel un homme masqué passe dans le camp pour violer les jeunes filles. Ce « rite d’initiation sexuelle » donne souvent lieu à des grossesses, auquel cas les jeunes filles qui tombent enceintes doivent épouser leur violeur. 

De nombreux pays ont instauré une limite d’âge, qui toutefois est contournée facilement : l’approbation par un juge permet par exemple de marier une jeune fille 1 à 2 ans plus jeune que le minimum imposé. En outre, cette limite d’âge peut être contournée si un conseil religieux approuve l’union : les normes religieuses et traditionnelles peuvent prévaloir sur la loi. 

 

Un drame pour les droits des femmes et des enfants

Le mariage d’enfants a des conséquences dévastatrices sur la santé physique et mentale des jeunes filles, et sur leur condition générale. Cela contribue au manque d’éducation : il n’y a pas de retour à l’école possible après le mariage précoce, qui impose aux jeunes filles les nouvelle « responsabilités du foyer », qui deviennent leur priorité. Cela les expose en outre aux violences sexistes et sexuelles, aux Infections Sexuellement Transmissibles comme le SIDA, et souvent, à des grossesses prématurées qui augmentent drastiquement le taux de mortalité maternelle et infantile.

Leur santé mentale est également mise à l’épreuve : Lakshmi Sundaram témoigne que dans de nombreuses communautés où le mariage précoce est une institution, on constate dépression et pensées suicidaires chez les jeunes filles mariées. Cela est renforcé par le fait que le refus de se marier jeune ou d’épouser l’homme choisi par la famille est passible de punitions, voire qualifié de « crime contre l’honneur ». Il n’y a donc, a priori, aucune échappatoire. 

 

Quelles solutions pour faire reculer le mariage d’enfants ? 

Cependant, la lutte contre le mariage précoce fait avancer, progressivement, son recul. Tout d’abord, le recul des mariages précoces est facilité par une attention particulière portée à la scolarisation des jeunes filles, par exemple en imposant la gratuité et la sécurité du trajet entre le domicile et l’école, comme c’est le cas dans le village de Berhabad (Etat du Jharkhand, Inde). 

En outre, un grand travail de sensibilisation est effectué, notamment par des associations militantes ou humanitaires. L’objectif est de faire prendre conscience aux jeunes filles qu’une autre réalité, un autre destin est possible. D’après l’UNICEF, environ 25 millions de mariages précoces ont été évités ces dix dernières années. Le déclin est notamment dû à une prise de conscience générale des jeunes filles et de leur entourage, ce qui a pu conduire certaines communautés comme en Ethiopie, à l’interdiction des mariages arrangés, soit dans les textes de loi, soit dans la pratique. 

Au Malawi par exemple, où 42% des femmes sont mariées sans leur consentement avant leurs 18 ans, la jeune activiste Memory Banda a notamment réussi, après avoir obtenu le soutien de nombreuses femmes de sa communauté et défendu sa cause au Parlement malawien, à faire modifier la Constitution de son pays et à faire repousser l’âge légal de mariage de 15 à 18 ans. L’application effective de la loi reste difficile face à des traditions qui ont la vie dure. 

Sources :

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