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lundi 5 décembre 2022

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

Le sexisme au sein du sport : l’exemple du cyclisme

Histoire 

Depuis l’invention du premier vélo en 1817 et la première course cycliste en 1868, un grand nombre de choses ont évolué dans le cyclisme. Parmi celles-ci, il y a l’accès des femmes à ce sport. Historiquement, le cyclisme est plus avancé sur son temps que, par exemple, le tennis ou la course à pied. À titre de comparaison, la première femme à courir un marathon (non sans problèmes) est Kathrine Switzer en 1967, tandis que le premier Tour de France féminin est organisé en 1955, par le journaliste Jean Leuillot. Cependant, cette première édition n’en voit pas de seconde avant 1984. Ce Tour de France féminin, organisé entre 1984 et 1989, se montre particulièrement égalitaire : l’organisateur de la course, Félix Lévitan, est le même que celui de la course des hommes, et il en va de même de la Société du Tour, organisatrice Tour de France, qui prend aussi en charge la course féminine. Celle-ci a un parcours identique à celui des hommes et les femmes ouvrent la course. Cependant le nombre de participantes reste plafonné à 36, contre 170 participants chez les hommes. À l’image de cette égalité presque parfaite, une photo du gagnant et de la gagnante du Tour de France 1989, Greg LeMond et Jeannie Longo (image mise en avant). 

Malgré cette avancée fulgurante, à l’époque, les stéréotypes de genre dans le sport sont toujours omniprésents et les remarques sexistes dans le milieu persistent. Le cyclisme féminin est présenté dans une vidéo de l’INA comme « du sexisme en boucle ». En effet, on assiste toujours en 1984 à des propos « lourds » comme ceux tenus par un spectateur : « On pensait qu’ils voulaient des volontaires pour les massages (pour les coureuses, après la course) mais on est arrivés trop tard ». S’ajoute à cela un sexisme normalisé de la part des médias, qui ne se privent pas de relayer des surnoms moqueurs et misogynes tels que « Le Tour des Miss » ou encore « Les mignonnes du bitume ». 

Néanmoins, la palme des insultes sexistes revient aux cyclistes masculins eux-mêmes. Laurent Fignon, double vainqueur de la Grande Boucle, a notamment affirmé : « je préfère ne pas voir une femme qui souffre sur un vélo […] ça se voit beaucoup plus sur un vélo – qu’elle souffre – et pour moi je trouve que ce n’est pas beau à voir ». Malgré une concurrence de taille, la médaille d’or du sexisme revient cependant à Marc Madiot, star du cyclisme français à cette époque, actuellement directeur chez l’équipe Groupama FDJ. Invité sur un plateau TV avec Jeannie Longo en 1987, il tient ces propos à ses côtés : « C’est complétement inesthétique, il y a des sports qui sont masculins, il y a des sports qui sont féminins […] Voir une femme sur un vélo c’est moche ». Le Tour de France féminin est abandonné deux ans après, jugé « trop contraignant sur le plan économique » par le directeur du Tour de France de l’époque, Jean-Marie Leblanc. 

Entre 1989 et 2009, des versions alternatives ont été mises en place sans grand succès : la course féminine était toujours moins médiatisée que la course masculine ; et l’engouement n’était largement pas le même. Les étapes sont plus courtes et moins nombreuses par rapport à la course masculine, mais aussi par rapport au Tour féminin de 1984. Entre 2006 et 2016, la Route de France féminine est disputée. Elle remplace en 2009 La Grande Boucle féminine. Ceci dit, toutes ces courses restent au second plan en termes de médiatisation et n’obtiennent pas non plus les sponsors nécessaires. Depuis 2016, plus aucune course féminine telle que le Tour de France n’est organisée, jusqu’à aujourd’hui. 

Qu’en est-il aujourd’hui ? 

Le Tour de France féminin est – enfin – de retour ! C’est officiel : le 24 juillet 2022, juste après l’arrivée des cyclistes hommes sur les Champs Elysées, les femmes s’élanceront du même endroit pour effectuer leur Tour. Celui-ci comportera huit étapes, dont la distance variera entre 82 kilomètres, pour la plus courte, et 175 kilomètres, pour la plus longue. Ce Tour de France féminin s’annonce prometteur. Il devrait être aussi médiatisé que la course masculine et les partenaires financiers sont nombreux. 

Le seul bémol reste celui de la longueur : le Tour de 2022 contiendra 10 km de moins que celui de 1984 et 13 km de moins que celui des hommes. Cet événement sportif promet de « garder allumés les projecteurs du Tour, pour une semaine d’intense bataille », selon le site officiel du Tour de France femmes. De plus, le site affirme que la course ne sera pas rattachée à une course masculine, contrairement à l’épreuve proposée de 1984 à 1989. D’ailleurs, la directrice du Tour n’est autre que Marion Rousse, ancienne cycliste et consultante sportive. 

Le retour de cette mythique course s’inscrit dans une volonté générale d’inclure les femmes dans ce sport. Par exemple, le site de la Fédération Française de Cyclisme (FFC) annonce son « plan de féminisation » du cyclisme entre 2021 et 2024. L’initiative, soutenue par la Française Des Jeux, promeut le sport féminin et comprend par exemple la mise en place d’ambassadrices de la FFC.

Ces dernières années, un grand nombre de courses traditionnellement réservées aux hommes s’ouvrent aux femmes. La plupart conservent le parcours initial, bien qu’elles soient souvent plus courtes de quelques kilomètres, comme par exemple, le Paris Roubaix féminin. On voit aussi des courses du même nom que les courses masculines se développer en comportant toutefois un parcours radicalement différent. C’est notamment ce qu’a proposé le Tour de Bretagne des Femmes. 

Malgré les mesures mises en place, des inégalités importantes persistent. Financièrement, il est beaucoup plus difficile de vivre de son sport pour les professionnelles du cyclisme que pour les hommes. Ce fossé a été mis en lumière par la course Paris-Roubaix, dans laquelle d’importantes différences de primes entre les hommes et les femmes ont été révélées. Cette distinction au niveau international s’explique par un développement très tardif du cyclisme féminin. Le retard est donc difficile à rattraper, tant en termes de sponsors que de médiatisation. Pour autant, dans des compétitions telles que les Jeux Olympiques, ou les Championnats du Monde, les revenus ne reviennent qu’aux instituts nationaux, qui sont en grande partie responsables du fossé de rémunération. Dans le cyclisme, et plus particulièrement dans les niveaux amateurs, les courses féminines connaissent un certain désintérêt de la part des spectateurs car parfois jugées trop lentes ou tout simplement en raison d’une domination masculine qui remonte à des décennies en arrière. 

En effet, le manque de considération envers les sportives a la vie dure, c’est d’ailleurs ce qu’a récemment partagé Julie Dremière. La sportive amateure raconte dans une vidéo partagée sur les réseaux que lors de l’un de ses entraînements, elle aurait dépassé un homme à vélo et que celui-ci, par fierté masculine, aurait fourni un effort intense pour la dépasser de nouveau et rester devant elle. Finalement, l’homme a mis pied à terre, épuisé, expliquant qu’il avait honte de se faire doubler par une femme. 

Malgré un progrès remarquable de la considération et de l’inclusion des femmes dans le milieu du cyclisme, il n’est toujours pas certain que les mœurs aient suffisamment évolué pour permettre à ce sport de se développer à sa juste valeur. 

Sources :
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