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dimanche 4 décembre 2022

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

Le rap : mon pêché féministe

Misogynie et rap sont-ils liés? Féminisme et rap sont-ils opposés ? Les avis sont partagés.
Mon pêché féministe c’est d’aimer le rap, tout en essayant de déconstruire le patriarcat, car soyez en sûr, je suis une féministe convaincue et combattante.

Mais suis-je une «mauvaise féministe» ? Quand est-ce que la limite se dresse-t-elle entre divertissement et engagement ? Peut-on prétendre être fervent croyant de l’adage «on ne sépare pas l’homme de l’artiste» tout en séparant les paroles de son art ?

Plusieurs questions trottent dans mon esprit mais mon avis reste le même : j’assume.

J’assume mon intérêt pour le rap, j’assume la place qu’il prend dans mes goûts musicaux et j’assume aussi tous les défauts qu’il contient.

Le rap a évolué, comme toute forme d’art, il est en constante évolution, les clichés persistent mais les mentalités évoluent.

Cibler le rap comme l’origine des maux de la jeunesse d’aujourd’hui est assez facile. Le discours qui tend à convaincre que cette musique pervertit les esprits rôde toujours auprès des moins informés.

Le rap est une cible facile car sa généralisation est fréquente, on parle des rappeurs comme une entité unie et indivisible.

Quand une personne traite le rap de sexiste, elle vise, à juste titre, Kaaris lorsqu’il dit «si tu ken la plus bonnes des plus bonnes tchoins, remercie pas son père mais le chirurgien».

Néanmoins, affirmer que le rap est sexiste, c’est aussi viser le rappeur Vin’s, qui dans sa chanson « Me Too » dit «Puis un viol ça reste un viol ça dépend pas d’la taille de sa robe».

On ne peut que constater que ces deux citations du même genre musical sont foncièrement opposées, le paternalisme misogyne de Kaaris vient en contradiction radicale avec l’engagement dénonciateur de Vin’s.

Où est ce que se dresse alors la limite du «bon» ou «mauvais» rap pour une féministe?
La limite est floue et rien n’est tout noir ou tout blanc, mais faut-il rééllement choisir un camp?

Devrais-je arrêter d’écouter toutes les musiques de Kaaris, même celles qui ne comportent pas d’insultes sexistes, parce qu’il possède cette fâcheuse manie d’insérer des «tchoins» comme des virgules dans ses textes ?

Continuer à écouter Kaaris tout en étant consciente de la banalisation du sexisme ordinaire fait-il de moi une «mauvaise féministe»?

Certains répondront par l’affirmative, mais je préfère aborder une logique déculpabilisante pour toutes les «mauvaises féministes» amatrices de rap.
Il faut savoir que même si les rappeurs et les auditeurs l’oublient certainement, la nature de l’engagement des rappeurs et des féministes est la même.

Les deux partagent un même ennemi subversif et répressif, et les similitudes de leurs combats ont été perdues de vue à travers le temps.

Mais à l’origine, les rappeurs, comme les féministes, ont défié les codes sociaux pour combattre à la force de leur plume et de leur voix cet oppresseur.

Cet ennemi commun ne justifie pas pour autant les propos à caractère sexiste utilisés de manière abusive par certains rappeurs, mais il nous permet de faire une introspection sur nos points communs. Se reconnaître dans les paroles de Damso et celles de Simone de Beauvoir n’est pas un péché.

Il y a autant de choses, voire plus, qui séparent le rap du féminisme que la variété française du féminisme. Pour autant on ne voit aucun article, essai ou livre prouvant qu’apprécier la variété française et être féministe est incompatible.Le rap et le féminisme sont les Roméo et Juliette des temps modernes, les familles sont rivales et s’opposent à leur union, mais leurs enfants sont rebelles et essayent dangereusement de tenter de faire vivre leur histoire d’amour impossible.

Mon côté d’éternelle romantique a envie de croire à cette métaphore, car le rap, c’est avant tout une métaphore, des artistes qui se réinventent un univers, un personnage, une âme superficielle.
Les insultes, les provocations sont assumées comme étant une vaste mascarade artistique.

Lorsque les artistes eux-mêmes ont conscience de l’absurdité de leurs propos, c’est là où l’on peut «séparer les paroles de l’art».

À toutes mes «mauvaises féministes», n’ayez pas honte de ne pas être parfaites, la société n’a toujours pas choisi de l’être, mais on peut choisir de s’autoriser nos petits péchés.

Sources :

Source image : Pixabay, banque d’images libres de droit.

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