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dimanche 4 décembre 2022

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

Le Lac des Cygnes : la réinvention du ballet à travers le temps 

« La seule musique capable de toucher, d’émouvoir et d’atteindre est celle qui a jailli du fond d’une âme artistique animée par l’inspiration », écrivait Piotr Ilitch Tchaïkovski, auteur du ballet le plus connu au monde : Le Lac des Cygnes. 

Le Lac des Cygnes, ballet en quatre actes, voit sa première représentation le 4 mars 1877 au Théâtre Impérial Bolchoï russe, qui avait commandé son écriture. Sa mise en scène combine alors deux personnalités et artistes ayant une vision différente : Tchaïkovski étant l’auteur du ballet ainsi que le compositeur des musiques, et Julius Reisinger étant le chorégraphe du Théâtre, en désaccord avec la vision musicale du ballet. 

La non-cohérence des deux artistes est problématique, Reisinger trouve les partitions trop ambitieuses et inadaptées à l’art de la danse, et prend même la liberté d’en changer certaines parties. 

La première représentation du ballet est un échec, ne laissant paraître aucun avenir pour ce chef-d’œuvre. 

En 1895, Marius Petipa devient le metteur en scène et permet au ballet de trouver tout le succès qui lui est légitime ; posant ainsi la notoriété du ballet, posant les premières pierres de l’œuvre chorégraphique la plus connue au monde. Pour se faire, il reprend la chorégraphie et les partitions, tout en restant fidèle à l’œuvre de Tchaïkovski, offrant au ballet un très grand succès. Néanmoins, le compositeur originel ne connaîtra jamais cette gloire puisqu’il décède deux ans avant le succès de son œuvre. 

Le ballet est entré au répertoire de l’Opéra de Paris le 22 décembre 1984. Il est connu pour son évolution au fil des mises en scène, et se trouve aujourd’hui représenté par 15 versions différentes. 

L’INTRIGUE DU BALLET 

L’intrigue du Lac des Cygnes s’inspire du conte allemand « Le Voile Dérobé » de Johann Karl August Musäus, et met en scène l’histoire de Siegfried, un prince apprenant qu’il doit se marier à l’approche de sa majorité. Furieux de cette nouvelle, il va dans les bois et tombe sur Odette, une jeune femme victime d’une malédiction la faisant se transformer en cygne le jour, pour ne pouvoir être femme que la nuit. La seule solution pour rompre cette malédiction est alors de sceller un pacte d’amour. 

Siegfried tombe amoureux d’Odette, mais le jour de l’annonce du mariage, il se méprend et annonce celui-ci avec Odile, le double maléfique d’Odette, cygne noir, aux traits similaires, condamnant alors sa bien aimée à un destin de cygne. 

Ici, la figure de la femme-cygne est une allégorie récurrente des littératures slave et germanique, on retrouve notamment cet animal dans beaucoup de contes comme « Les six cygnes » des frères Grimm ou encore « Les cygnes sauvages » d’Andersen. 

Le cygne représente la puissance, l’élégance et la pureté. Le cygne est un animal ailé et immaculé, lié à l’air et à la lumière, symbolisant la métamorphose. Il devient d’autant plus intéressant dans la perspective de la danse, où la ballerine se complait dans l’agilité et dans la quête de la grâce, ainsi que la capacité à se réinventer, à évoluer, et à se métamorphoser comme cet oiseau. 

La femme-cygne représente une consécration pour toutes les danseuses classiques,  étant l’un des rôles les plus exigeants de la matière, une exigence aussi physique que psychologique, puisqu’une seule ballerine interprète les deux oiseaux du conte. 

L’ÉVOLUTION DU BALLET 

Le Lac des Cygnes est aujourd’hui un emblème de la danse classique, et ce notamment pour les évolutions qu’il connaît. 

Rudolf Noureev est l’un des chorégraphes ayant majoritairement fait évoluer le ballet. Danseur étoile et chorégraphe, il imagine dans les années 1960 une version du ballet introduisant la question de la masculinité, et revalorise les rôles masculins en introduisant notamment un solo du prince dans l’Acte I du ballet. Il importe une vision psychologique de l’intrigue dans laquelle les sentiments et la mélancolie sont exprimés. 

Énormément de metteurs en scène proposeront des versions du ballet avec des idées versions novatrices, notamment Matthew Bourne proposera notamment en 1995 avec une version questionnant l’identité sexuelle du prince. 

Cette réinvention de l’œuvre, se complaisant dans la perspective de métamorphose du cygne, fait naître l’un des plus grands chefs d’œuvres de la danse classique, et compte certaines des symphonies les plus célèbres du monde. 

Aujourd’hui, le ballet, comme tout art, devient un instrument politique; visible notamment dans les ballets nationaux russes qui représentent un élément du soft power du pays. La praticité de la danse comme élément de soft power réside dans son exportation possible à l’international, mais aussi à l’intérieur du pays. Lorsque le conflit Russie-Ukraine s’est déclaré en février 2022, les médias nationaux russes ont diffusé le ballet afin de masquer les événements auprès de la population, le Kremlin utilisant donc ce monument de la culture russe comme instrument politique. 

Autre exemple politique, plus proche géographiquement : en France, les danseurs de l’Opéra de Paris avaient également protesté contre la réforme des retraites, devant l’institution, en réalisant le ballet de Tchaïkovski. 

 

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