Aujourd'hui :

dimanche 21 avril 2024

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

L’art rend-il heureux.se ?

Laissez-moi vous parler d’art.

Pour Albert Camus, “l’œuvre d’art naît du renoncement de l’intelligence à raisonner le concret”. L’art n’est pas logique et n’a pas de règle. L’art est libre et nous inspire. L’art nous fait réagir, nous angoisse, nous émeut, nous parle ou se tait. L’art est un concept assez difficile à définir, étant donné qu’il est personnel, mais il a pour effet de nous faire ressentir une émotion. Simplement, nous sommes chacun.e.s sensibles a différents degrés. Ainsi, définissons l’art comme une “création d’objets ou de mises en scène spécifiques destinées à produire chez l’humain un état particulier de sensibilité, plus ou moins lié au plaisir esthétique.”. (Larousse en ligne)

Pour Albert Camus, le bonheur est un idéal qui s’atteint par la vie en plein air, l’amour d’un autre être, l’absence d’ambition et la création. Donc, dans la recette du bonheur, la création artistique semble être un ingrédient pour être heureux.se. Est-ce que Camus a raison ? 

 

Selon un rapport de l’OMS daté du 11 Novembre 2019, l’art peut être bénéfique pour 

la santé physique et mentale. En effet, les neurologues Jean-Pierre Changeux et Pierre Lemarquis expliquent que les radiations lumineuses et les couleurs permettent au cerveau de créer de la dopamine (l’hormone du bonheur). De plus, si l’image lue plaît au spectateur, une partie du cerveau destinée à l’empathie et aux émotions s’active. Ainsi, le fait de voir de l’art permet au cerveau de faire fonctionner son système de récompense, et donc d’apporter du bien-être concret au corps. Ainsi, en 2019, les médecins de la ville de Montréal commencent à distribuer des ordonnances à certains  patients pour leur recommander d’aller voir de l’art. Concrètement, ces Tournesols de Van Gogh ou bien la série des Marilyn d’Andy Warhol, grâce à la palette de leurs couleurs, font du bien à votre cerveau (de rien).  Platon écrivait que “le premier bien est la santé, le deuxième est la beauté” (Lois, 22, II) : si l’œuvre que vous admirez vous plait, alors le cerveau se sent encore mieux.

Le cerveau contemple de l’art pour se sentir bien, mais qu’en est-il du corps ? Il faut savoir que les maux du corps dépendent souvent de problèmes d’intériorisation d’émotions. Ces émotions macèrent en nous et peuvent rendre nos corps douloureux. L’art nous permet, entre autres, d’extérioriser ses émotions, par la création ou par l’admiration. Ainsi, l’art-thérapie est une activité mise en place depuis de nombreuses années dans le domaine médical, car cela permet d’apaiser les patients de leurs douleurs. Mais l’art-thérapie peut aussi se pratiquer en solitaire. Par exemple, l’artiste Kim Beom Choi Kyong-Ho peint le “Yellow Scream” en poussant un cri à chaque fois que son pinceau passe sur la toile. Il explique en amont sa démarche artistique, se justifiant par le fait que le cri affecte la ligne de peinture, et que la sensation que la couleur nous procure doit correspondre au cri poussé. Ainsi, l’artiste ici s’écoute et extériorise ses ressentis en faisant de l’art. 

Écrire, peindre, dessiner, jouer de la musique, prendre des photos… Permet non seulement de se faire du bien, d’extérioriser ses émotions et de les rendre plus concrètes, mais aussi de renforcer la mémoire (en pratiquant le chant, par exemple) ou de travailler la motricité.

L’art contribue aussi à notre bien-être mental. Le British Journal of Psychology, en 2018, publiait une étude effectuée par l’University College of London, qui explique qu’un senior a 32% de risque en moins de tomber en dépression en allant voir de l’art plusieurs fois par an. En effet, dans une optique purement pragmatique, une sortie pour aller voir de l’art permet de créer des liens et donc de diminuer les risques d’isolement. Mais, cela permet aussi de nourrir son cerveau tout en nous amenant à nous interroger sur l’art, nous donner l’occasion d’expérimenter l’art, et donc diminuer aussi les risques d’ennui. Cela permet aussi de nous sentir plus vivant. Par exemple, le syndrome de Stendhal, un événement assez rare mais assez étonnant aux premiers abords, est un moment d’émotion intense lors de la contemplation d’une œuvre d’art. Ce syndrome aurait été vécu par Stendhal, lors de son voyage en Italie et il le décrit ainsi “J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux-Arts et les sentiments passionnés” (Voici l’exemple de la Chiesa del Gesu que Stendhal a pu croiser sur son chemin). Ainsi, voir de l’art ou créer de l’art semble nous permettre d’expérimenter l’existence, nous apporter un degré de compréhension supérieur à propos de certains sujets et donc de diminuer les risques de mal-être mental et de maladies. 

Ainsi, l’art est un médium qui semble contribuer à notre bien-être physique et mental. La création artistique permet de se soigner et d’extérioriser le mal-être. La contemplation de l’art permet de diminuer les risques de mal-être. Ainsi, l’art nous rend-il heureux.ses ? Bien entendu, l’art n’est pas l’unique raison du bonheur, mais il semble fortement l’influencer. L’art nous maintient en bonne santé et est un outil à notre bonheur. Camus avait donc raison 😉

Sources :

 

Partager cette publication :
Facebook
Twitter
LinkedIn
Email
WhatsApp