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vendredi 27 mai 2022

Le journal des étudiant.e.s de Lyon 3

La vérité, une victime oubliée de la guerre ?

Seriez-vous prêt à vous engager, à combattre la fleur au fusil, sans aucune certitude de revenir, un jour, vivant ou mort, car la force militaire de notre armée est bien inférieure à celle de nos ennemis ? Si nos politiques avaient été sincères (ou plus conscients et moins prétentieux), c’est sans doute ce qu’ils auraient dit aux jeunes soldats français lors de la guerre de 1914 qui les a confrontés aux Allemands. Néanmoins, les informations et croyances qui circulaient à cette période étaient toutes autres. Et c’est ainsi que des millions de jeunes hommes se sont engagés (volontairement ou contraints) dans cette guerre totale. 

Ainsi, en tout temps, la guerre a conduit à des désinformations, voire même à de fausses informations. Cependant, il ne vous a pas échappé que les belligérances sont devenues de véritables spectacles médiatiques. En effet, notre télévision nous transmet des images de journalistes sur le terrain, vêtus d’un gilet pare-balle et parfois même d’un casque, s’exprimant, face caméra, avec pour fond un immeuble éventré. Ou encore des vidéos dites “amateures” postées sur les différents réseaux sociaux, où des civils partagent leurs témoignages émouvants. Toutes ces images et informations brutes qui nous parviennent soulèvent la question de la distance critique des journalistes par rapport à ce qu’ils diffusent et qui plus est, est susceptible de favoriser leur instrumentalisation. 

Pourtant, comme l’Histoire nous le démontre, sans même se servir de l’instrumentalisation d’images ou d’informations, des fausses nouvelles peuvent rapidement faire la Une des journaux en temps de guerre. Dans la catégorie des rumeurs de la Première Guerre mondiale, je voudrai les « Boches » qui coupaient les mains des enfants. Effectivement, les citoyens français ont pu lire, entre autre dans le quotidien L’Est républicain, le témoignage de ce soldat le 16 novembre 1914 : « J’ai vu hier, à Verdun, une pauvre femme venant d’un village envahi de la Meuse et qui portait dans ses bras deux jeunes enfants. Les deux pauvres petits avaient chacun le poignet droit coupé. Quelles brutes ». Cette rumeur des mains coupées tire sans doute son origine d’une polémique née à la fin du XIXe siècle et concernant le Congo belge, d’après les historiens. En effet, dans ce pays qui appartenait au roi Léopold II, l’amputation de la main était l’une des punitions infligées par les colonisateurs aux populations locales. En allouant aux Allemands de telles monstruosités, on les incriminait implicitement de conduire en France des mœurs coloniales. Cette rumeur de guerre qui se diffusait dans toute l’Europe, n’a que peu été revendiquée, contestée ou encore vérifiée. Seul André Gide, un écrivain dubitatif, avait enquêté à cette période. Dans son journal d’août 1914 à décembre 1915, il recherchait la vérité. Néanmoins étrangement, les personnes qui assuraient avoir vu des enfants mutilés se dérobaient et les photos promises (par Cocteau entre autre) ne lui parvinrent jamais.

Ces informations erronées avaient pour objectif de légitimer l’effort de guerre et la solidarité de tous contre un ennemi commun. Ce qui explique sans doute pourquoi peu d’intellectuels ont tenté de contester cette fausse information. 

 

La Première Guerre mondiale est un exemple sur lequel nous avons un recul nécessaire pour noter les absurdités qui ont pu circuler dans les journaux, les débats et bien d’autres. Les fake news ne sont ainsi pas spécifiques à l’ère numérique, aussi bien en temps de paix qu’en temps de guerre. 

Ainsi, concernant le conflit qui oppose l’Ukraine à la Russie, il est nécessaire de prendre du recul sur les informations qui nous sont transmises. Plus haut, la question de la manipulation d’images, de vidéos ou d’audios a été abordée et un exemple récent illustre parfaitement cette idée. 

En effet, ces derniers jours, des vidéos d’un extrait d’enregistrement d’un échange entre des soldats russes et ukrainiens circulaient sur les réseaux sociaux. Des soldats russes avaient pris pour cible l’île Zmiany dans la Mer Noire où se trouvaient 13 de leurs opposants. On pouvait entendre un soldat russe annoncer : « Ici un navire militaire Russe. Je propose que vous déposiez vos armes immédiatement pour éviter un carnage et des morts injustifiés. Sinon, vous serez bombardés ». Suite à ce long message de mise en garde, l’un des 13 jeunes soldats Ukrainiens se trouvant sur l’île de Zmiany a sommairement répondu : « Navire de guerre russe, va te faire fou*** ». Après quelques secondes de silence, une détonation se fait entendre et la vidéo prend fin. 

Par conséquent, le fracas entendu laissait penser que les Russes avaient exécuté leurs menaces. Conséquemment le gouvernement ukrainien avait annoncé la disparition tragique des jeunes soldats. En peu de temps, ils sont devenus des symboles de la résistance. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait même le 25 février, confirmé leur mort lors d’une conférence de presse, affirmant qu’ils méritaient une décoration posthume de la médaille de « Héros d’Ukraine ». 

Touchés par le courage de ces jeunes hommes, les sénateurs français ont observé une minute de silence en leur mémoire. 

Néanmoins, Le Parisien, le 28 février, transmet l’information que les jeunes hommes ne sont pas décédés. En effet, l’Etat-major des armées d’Ukraine a démenti l’information sur sa page Facebook : « Nous sommes très heureux d’apprendre que nos frères sont en vie et en bonne santé ». Les défenseurs de l’île des Serpents sont en fait prisonniers de l’armée russe. 

 

Car on l’oublie souvent, mais comme l’a rappelé Rudyard Kipling (célèbre écrivain britannique) « l’une des premières victimes de la guerre c’est la vérité ».

Sources :
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