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dimanche 21 avril 2024

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

La nudité dans l’art

Laissez moi vous parler d’art. 

Il y a quelques jours, mon colocataire me disait que l’art tendait à la vulgarité. Nous discutions de la performance artistique d’une femme qui tricotait pendant 28 jours une boule d’une laine insérée dans son vagin. Je lui ai demandé ce qu’il entendait par le terme “vulgarité”, et c’était un synonyme de “dégueulasse”. D’accord, mais pourquoi l’art nous dérange lorsqu’il amène à une confrontation directe avec le corps et la nudité? 

La performance “Vaginal Knitting” a été réalisée en 2013 par l’artiste Casey Jenkins, et consistait à tricoter un fil de laine sortant de son sexe. Le but de cette oeuvre était de lutter contre la peur inspirée par le sexe féminin, qui est encore assez mystérieux pour une majorité de personnes. L’artiste a alors choisi de mettre son corps en scène, révélant toute son intimité, pour lutter contre des tabous et des stéréotypes sociétaux. Sa démarche a suscité énormément d’émotions de la part des spectateurs, qui ont semblé ressentir de la répulsion : ces réactions démontrent alors évidemment le fond du problème que cherche à dénoncer l’artiste. 

Mais pourtant, nous sommes admiratifs de l’art grec, qui est quand même majoritairement composé de nus. Alors pourquoi ? 

L’art grec est considéré encore aujourd’hui comme un modèle de perfection : les proportions du corps, ainsi que la musculature sont mis en avant. La nudité célèbre alors le culte du corps parfait (que l’on recherche toujours de nos jours d’ailleurs) et permet au spectateur de contempler la force et la puissance de l’humain idéal. Ce type de nu est alors admirable et acceptable. Ce n’est pas considéré comme vulgaire mais simplement “beau”. 

C’est au Moyen-Âge que le nu tire sa révérence. Avec le développement du christianisme, les mentalités changent et la nudité est révélatrice du péché. On se met à favoriser la beauté de l’esprit et le corps doit alors inspirer la compassion et non plus la contemplation. Le corps doit être pur et innocent, donc on ne met plus de nus en scène… Et c’est là qu’on commence à avoir beaucoup de mal avec la nudité, que le corps est honteux, qu’il faut le cacher et ne pas en parler.  

Durant la Renaissance, on “redécouvre” l’Antiquité et son art. Le nu se retrouve alors dans l’art religieux ou mythologique, ou bien dans l’étude de modèle vivant. On n’utilise plus le nu comme un motif séducteur, mais comme un moyen de reconnaissance d’un être supérieur. Le nu permet à l’artiste de montrer ses talents mais aussi de mieux comprendre le sujet artistique. 

La photographie, qui apparaît durant le XIXème siècle, est à la recherche de la réalité. Le nu est simplement un corps dans un environnement. C’est aussi à ce moment qu’apparaît alors le “nu académique”, c’est-à-dire le motif du nu dans une optique purement artistique et esthétique. 

De nos jours, le nu semble surtout utilisé comme un médium, ni parfait, ni religieux. Le corps nu devient un outil de création artistique, avec un mouvement de revendication d’acceptation de tous les types de corps depuis quelques années. 

En faisant quelques recherches, j’ai été surprise par un nu inattendu : Donald Trump proposé par l’artiste Illma Gore, qui a pour but de “provoquer une réflexion, bonne ou mauvaise, sur l’importance que nous portons à notre apparence physique”. Bien évidemment, le nu ici, permet d’introduire un sujet politique (Donald Trump est notablement affublé d’un micropénis, et l’artiste a accompagné l’œuvre d’un génial “Make America Great Again”) et devient alors bien un outil de communication. 

Ainsi, le motif du nu artistique a toujours existé et semble avoir toujours reflété l’esprit de son époque:

Nu féminin de Praxitèle, -IVème siècle : c’est la perfection du corps féminin bien proportionné et en bonne santé selon les standards grecs.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le tympan de l’église Sainte-Foy de Conques, XIème siècle : l’Enfer est représenté du côté droit du tympan, et l’on remarque que les personnages sont nus. 

 

 

 

 

La Naissance de Vénus de Sandro Botticelli, 1484-85 : le nu représente la déesse Vénus dans toute sa splendeur.

 

 

 

 

 

Modèle de l’Âge d’Airain de Gaudenzio Marconi, 1877 : le nu n’a pas la vocation d’être idéal mais permet à l’artiste d’observer et de rendre encore plus de réalisme lorsqu’il réalise son œuvre. 

 

 

 

 

 

 

 

Nu couché de Amedeo Modigliani, 1917 : le nu est sensuel, c’est un corps féminin et basique    

 

 

 

 

 

Ce qu’il faut comprendre, c’est que le nu est une allégorie qui fait passer des idées et des messages à une époque donnée. C’est aussi un exercice qui montre les talents de l’artiste, dans la représentation de la texture de la peau, des chairs, de l’anatomie, dans les jeux d’ombres et de lumières… Il est important alors de différencier le nu et la nudité. L’artiste, en présentant un nu, ne présente pas un corps débarrassé de ses vêtements mais un motif amenant à une réflexion. Et si nous considérons le nu comme “dégueulasse”, ne serait-il pas intéressant de réfléchir à la relation que nous entretenons avec le corps et l’intimité ?

Sources :

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