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mardi 25 juin 2024

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

La liberté d’expression sous l’emprise du numérique

La révolution numérique a eu pour effet de chambouler l’écosystème de l’information en offrant une liberté d’expression accrue à ces quelques milliards d’utilisateurs. Que ce soit sur Internet ou sur les réseaux sociaux, il est désormais possible d’accéder à une infinité de contenus et d’opinions contribuant à l’élargissement du champ de la liberté d’expression ; pierre angulaire de la démocratie. Selon la définition donnée par les rédacteurs de la déclaration des droits de l’Homme, « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme, tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ». 

Liberté non-absolue, dont l’effectivité nécessite un encadrement. Or l’introduction du numérique dans la balance nécessite une révision des contours de cette liberté. En revanche, la masse importante d’informations circulant à grande vitesse, atteignant des millions d’usagers en l’espace d’une seconde peut avoir des dangers. 

Les réseaux sociaux, un vecteur de danger 

Face à l’accélération de la circulation de l’opinion, le contrôle de la frontière de la liberté d’expression est d’autant plus complexe. La Cour européenne des droits de l’Homme a indiqué dans un arrêt que la liberté d’expression ne se limite pas aux idées faisant l’objet de consensus,  mais s’applique également aux idées pouvant choquer ou heurter l’auditoire. Ainsi,  si l’approche du censeur monolithique est prohibée, la rapidité et l’impact global que peut avoir une opinion vient modifier les paramètres de cette liberté fondamentale. Dans cette perspective, la Cour de cassation s’efforce de retracer les contours de la liberté d’expression tout en l’adaptant, à l’occasion d’arrêt portant sur le mouvement METOO notamment. Dans ce contexte l’information devient un instrument à la fois libérateur et accusateur. Les publications suivies du Hashtag vont prendre de l’ampleur et attirer l’attention sur des sujets et faits restés jusqu’alors tabous. Cette épée à double tranchant qu’est l’internet offre également un terrain à la propagande, à la diffusion de faits inexistants venant condamner autrui. Devenant par la même occasion un terrain de justice privée où la plume, plus tranchante que l’épée, peut blesser même à travers le monde virtuel. Les réseaux sociaux sont le théâtre d’un délestage émotionnel où défilent incitation à la haine, diffamation et atteinte à la vie privée, où ceux qui gagnent la guerre des médias gagnent le procès. 

En outre, l’impact des actes de harcèlement, de commentaires haineux une fois engagé à travers l’écran peut avoir des répercussions réelles pouvant être fatales. Pourtant, ce pouvoir d’exprimer ses opinions doit être utilisé à bon escient. La Charte d’éthique élaboré en 2004 souligne en son article 6 que : « Le numérique ne doit pas être un vecteur de discrimination, d’incitation à la haine, ou d’actes attentatoires à l’intégrité et à la dignité de la personne humaine. »

Théâtre d’une crise informationnelle

Avec les réseaux, quantité d’informations sont soumises aux usagers, sans qu’ils aillent la chercher. La massification du flux informationnel comporte certains inconvénients. En effet, les réseaux sociaux hébergeant désormais le débat public accueillent des contenus contradictoires pouvant aller jusqu’à décrédibiliser l’information. L’information peut ainsi être instrumentalisée pour influencer l’opinion publique en usant de l’influence, de fake news et des émotions. L’instrumentalisation de la désinformation dans le cadre de stratégie politique est chose commune, notamment en matière d’élection.  La série documentaire “la fabrique du mensonge” offre une analyse qualitative sur le sujet tout en illustrant une idée de « diktat des émotions ». En outre, il est également question d’une polarisation des contenus en ligne. Aucun choix n’est anodin, les recommandations des algorithmes ont tendance à conduire les usagers vers des publications de nature à confirmer leurs opinions sur un sujet. De nature à limiter le contradictoire, cette pratique peut conduire à réduire les perspectives des usagers.

Pour ne pas tomber dans cet abysse, la vigilance doit être constante. La masse informationnelle et la vitesse à laquelle elle se propage complexifie l’identification des sources. En l’absence d’un « ministère de la vérité », des acteurs privés ont entrepris de contrôler la fiabilité l’information. A titre d’exemple, le journal Le Monde publie des décryptages via les décodeurs, ou encore Les Surligneurs opérant un legal checking de l’information. Le European Code of Standards for independent Fact-Checking a été créé pour relever le défis ce défi qu’est de fiabiliser l’information, en créant notamment un standard européen de fact-checking. Ce code de déontologie a pour but de lutter contre la désinformation. 

Sources :

https://rm.coe.int/msi-dig-draft-recommendation-summary-final/1680a63dfa

Journal le 1

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/04/02/reseaux-sociaux-et-liberte-d-expression-inventer-des-dispositifs-pour-proteger-nos-democraties_6075320_3232.html

La liberté d’expression à l’heure du numérique ou la difficile quête de l’équilibre sur les réseaux sociaux, Par Claire Legros, Publié le 02 avril 2021

https://www.undp.org/fr/blog/libert%C3%A9-dexpression-et-acc%C3%A8s-%C3%A0-linformation-%C3%A0-l%C3%A8re-num%C3%A9rique

Liberté d’expression et accès à l’information à l’ère numérique, Un point de vue de l’Uruguay, publié 29 AVRIL 2022

https://www.lessurligneurs.eu/leffet-des-reseaux-sociaux-sur-linformation-interview-dun-conseil-en-communication-strategique/

Source image : pixel

L’EFFET DES RÉSEAUX SOCIAUX SUR L’INFORMATION : INTERVIEW D’UN CONSEIL EN COMMUNICATION STRATÉGIQUE, propos de Sébastien Rouichi-Gallot recueillis par Tania Racho, Les Surligneurs



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