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lundi 5 décembre 2022

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

La jeunesse et le cinéma : ode aux nouveaux occupants des salles obscures

Le 6 septembre 2021, Jean-Paul Belmondo est mort. Le cinéma français est endeuillé par la perte de l’un de ses monuments. Il nous laisse des images, des mots, une attitude qui laissent transparaître le talent et la pugnacité des plus grands. Jean-Paul Belmondo, c’était aussi les premières années d’un renouveau cinématographique presque inégalé tant par sa richesse que par un regard artistique novateur et universel.  

La carrière de Jean-Paul Belmondo débute dans les années 1950. Son succès tient au récit de ses premières déambulations parisiennes, au portrait de ses premières amours et à l’éveil parallèle d’une jeunesse, d’une génération.  

La jeunesse est l’une des plus belles flammes du cinéma, et particulièrement du cinéma français. Elle se retrouve dans celui qu’animait Belmondo dans ses premiers films.  

La jeunesse d’aujourd’hui n’est plus celle des années 1950. Elle est plus versatile, et son regard contemporain sait s’adapter au renouvellement du genre, tout en sachant apprécier pleinement ses anciens monuments.  

Au XXIème siècle, la jeunesse celle qui fait revivre Jules and Jim sur l’écran d’un smartphone. Elle est celle qui réinvente le cinéma du XXIème siècle. Celle qui en une journée choisit d’aller visionner un vieux long-métrage dans un la salle enclavée d’un cinéma du quartier latin, puis le dernier Blockbuster en technologie immersive.  

 

Comment le cinéaste matérialise-t-il la jeunesse ? Comment celle-ci se retrouve à l’écran, dans un personnage, une foule, un scénario ?

« Les spectateurs se figent quand le train passe. ». Frantz Kafka livrait ici, dans la première phrase de son Journal, l’effet des premiers films dans les salles de cinéma. Un train passe et nous restons, semblait en être la morale. Le film est universel. Il est presque indestructible. Le cinéma est une capsule temporelle dont nous sommes indirectement les acteurs.  

En 1995, un murmure est lancé. « Jusqu’ici tout va bien », de plus en plus fort, jusqu’à aujourd’hui. La Haine de Mathieu Kassovitz, renvoie à une jeunesse éteinte, confrontée à une violence sociale et institutionnelle ignorée, qui veut enfin prendre un monde qui lui ferme ses portes.  

Nous nous devons dès lors de porter une lumière particulière vers son lien avec la jeunesse. En effet, si beaucoup de spectateurs se figent quand le train passe, les jeunes sont souvent les premiers à traverser l’écran, et à monter dedans.  

La relation entre la jeunesse et le cinéma se construit et se déconstruit inlassablement. Ce lien forme une problématique et enrichit une rhétorique centrale dans l’évolution des genres cinématographiques. Comment illustrer la présence indispensable d’une génération en perpétuelle quête de sens, sans aborder la Nouvelle Vague, portrait fabuleux de la jeunesse des années 1950 et 1960. Des réalisateurs et des réalisatrices comme Eric Rohmer, Agnès Varda, François Truffaut, incarneront le nouveau visage du cinéma français.  

 

Une relation en déclin ?

Une jeunesse anticonformiste, révoltée, et assoiffée, a souvent été dépeinte par le cinéma français. Pourtant aujourd’hui, on dénonce également cette interprétation sur de nombreux plans. 

Le public des films français n’est composé qu’à hauteur de 27% des moins de 25 ans (sondage de la société civile des Auteurs, Réalisateurs et Producteurs). De plus, l’accès aux salles de cinéma est un accès coûteux pour une génération de plus en plus en proie à la précarité financière. Le succès des séries, à la temporalité plus adaptée aux jeunes, et des plateformes de streaming, beaucoup plus abordables qu’une fréquentation régulière d’une salle de cinéma, participe donc d’un déclin apparent de la présence de la jeunesse dans les salles obscures.  

Ainsi, illustrer en quelques heures, quelques minutes, la part de la société la plus mouvante et la plus versatile se heurte souvent à des réalités difficiles à capturer. Le Centre National du Cinéma et de l’image animée (CNC) mettait dès lors la lumière sur une grande baisse des fréquentations par les jeunes, à hauteur de deux fois moins en dix ans. 

L’industrie du cinéma et de l’audiovisuel fait parallèlement face à une pluralité de critiques concernant son manque de diversité, de parité, et d’inclusion. En effet, à titre d’exemple les fonds alloués aux réalisatrices par des organismes tels qu’Eurimages, le Fonds culturel du Conseil de l’Europe qui participe au Fonds de soutien du cinéma européen, sont encore très inférieurs à ceux alloués aux réalisateurs. L’industrie cinématographique sert donc de terreau d’amélioration de la représentativité des minorités à l’écran, mais également derrière celui-ci.  

Dès lors, le cinéma doit porter une oreille attentive à cette jeunesse, qui, à force de revendications, cherche à déconstruire les archaïsmes qui entachent l’évolution du 7ème art.  

Néanmoins, l’attrait des jeunes pour le cinéma se renouvelle. Celui-ci reste un des plus grands centres  d’intérêts de la jeunesse.  

 

Un canal d’acceptation et d’émancipation.

Pour les jeunes, le cinéma reste donc un moyen d’expression majeur. Il est également une voie d’affranchissement et d’acceptation pour des publics longtemps mis à l’écart du milieu artistique. En effet, de nombreux mouvements cinématographiques sont directement liés à l’émergence de mouvements sociaux de reconnaissance et d’acceptation des minorités, notamment des minorités sexuelles. Nous pouvons notamment illustrer cet argument par le cinéma queer, mené par des réalisateurs tels qu’Andy Warhol et Paul Morrissey (Chelsea Girl), ou encore Kenneth Anger et ses courts-métrages expérimentaux. C’est aujourd’hui un genre incontournable de l’histoire de l’industrie cinématographique.  

Dès lors, la jeunesse forme un lien puissant avec le cinéma. Leur relation n’est pas unilatérale et si l’un offre de porter une voix, l’autre permet l’innovation et la détermination nécessaire au renouveau du 7ème art.  

Sources :

Source de l’image : Image du film « La Haine », Mathieu Kassovitz, 1995.

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