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lundi 5 décembre 2022

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

Retour sur la fête Halloween

Ça y est, c’est Halloween, le temps des déguisements rocambolesques, des délices pas forcément délicieux. Pour certains cette fête est synonyme de joie, s’amuser à se faire peur entre amis, faire la fête, regarder des films d’horreurs. Pour les autres, moins adeptes (ou plus trouillards), c’est le moment de faire l’autruche, se coucher tôt pour éviter les hordes d’enfants-zombies, sorcières ou super-héros et d’allumer la veilleuse. 

Chacun fête Halloween à sa manière mais malgré cela, il reste ancrée une culture commune et universelle notamment dans les pays occidentaux. Pour autant, savons-nous d’où vient cette culture et comment est-elle arrivée en France ?

 

Son histoire :

Halloween est une fête qui s’inspire de cultes pratiqués il y a 2500 ans avant notre ère. Initialement appelée fête de « Samain », elle était célébrée par les celtes et les gaulois. A l’époque c’était l’occasion d’accueillir la nouvelle année ainsi que de célébrer les esprits des défunts. Les festivités croulaient sous de gargantuesques repas (relativement à l’époque), le partage de l’hydromel ainsi que des sacrifices et rituels. 

Une notion importante de l’histoire d’Halloween, dont la légende de « Jack-o ’-lantern » (Jack à la lanterne) s’est très largement inspiré et par prolongation, l’œuvre L’étrange noël de monsieur Jack de Henry Selick : celle de la création de passerelle entre le monde des défunts et le monde réel. 

Dans l’histoire de « Jack-o ‘-lantern », le personnage a été condamné à errer entre les deux mondes avec une lanterne faites d’un navet. Lors de l’immigration forcée des Irlandais en Amérique au 19ème siècle, ceux-ci emportèrent leur contes et légendes avec eux, dont celle d’Halloween. La figure de « Jack à la lanterne » fut popularisée, en remplaçant progressivement le navet par la citrouille, plus facile à sculpter, elle est devenue l’objet emblématique de cet événement, donnant même sa couleur au thème global. Au 9ème siècle, le « Samain » prend un autre nom quand celui-ci se base sur le calendrier chrétien, il est renommé « All Hallows Eve » qui signifie « le soir de tous les saints », c’est-à-dire la veille de la Toussaint, le 31 octobre.

 

Quelques chiffres :

De nos jours, Halloween est plus ou moins important selon les pays, même parmi les pays occidentaux on observe des variations. En l’occurrence, les Etats-Unis sont les adeptes de cette fête, elle est entretenue par des croyances fortes des esprits, fantômes et autres entités. En 2007, un sondage de AP-Ipsos démontre qu’un tiers des Américains croient aux fantômes et que 23 % affirment en avoir déjà vu un. En France, la culture est moins importante, elle a vécu un boom vers la fin des années 90 avec la sortie d’un téléphone baptisé « Olaween », mais depuis elle a perdue de son importance. Selon une étude de Odoxa pour le Parisien, seulement 29 % des Français sont séduits par Halloween. En Russie, l’église orthodoxe exerce une forte influence sur le pouvoir en place et est contre la pratique de cette fête, il est donc interdit de fêter Halloween dans les écoles moscovites. De même dans les pays pros ou anciennement soviétiques, la fête est très peu reconnue. Au Mexique il existe une fête similaire, « Dia de los Muertos » (la Fête des Morts) qui remonte aussi à plus de 3000 ans, vous avez sûrement déjà vu ses longs cortèges défiler dans le film James Bond, Spectre de Sam Mendes.

 

Halloween, c’est trop commercial :

En effet, l’abandon de cette fête, pourtant à l’origine aucunement commerciale, est en grande majorité dû à ces personnes qui disent ce fameux « de toute façon, c’est trop commercial ». Elles n’ont pas entièrement tort. Rien qu’aux Etats-Unis, 8,4 millions de dollars vont être dépensés en bonbons, décorations et costumes. 1 Américain sur 2 décorera sa maison, 41 % d’entre eux se déguiseront et 24 % des animaux de compagnies seront déguisés. Ses chiffres impressionnants et quelque peu loufoques démontrent une nouvelle fois que le pays capitaliste par excellence sait garder son titre. Pour ce qui est du côté français, l’engouement est bien moindre. Selon une étude d’Omnibus réalisée à la fin d’octobre de cette année, 37 % des Français trouvent cette fête commerciale, 25 % trouvent qu’elle est pour les enfants et seulement 8 % disent fêter Halloween chaque année. En effet, la fête a des tendances commerciales, pour autant, en France, la consommation lors de cette fête n’est pas aussi importante qu’elle ne le laisse paraître. Cet aspect commercial n’est sûrement pas aussi présent que pour une autre fête de fin d’année telle que noël, durant laquelle un Français dépense en moyenne 518 euros. Il est temps de s’autoriser quelques bonbons et un bon film d’horreur en mettant de fausses dents de vampires le 31 et de peut-être s’abstenir d’acheter le super méga Monster truck en Lego pour son neveu à noël.

 

Le sexisme :

L’infirmière sexy, la policière sexy ou encore tout un tas d’autres professions tournées en dérision dans un mélange de faux sang et de tenues avec un minimum de textiles, ces costumes sont devenus une routine dans tous les magasins qui vendent des déguisements. Avant de crier au scandale, une réponse à une question pourrait sauver le statut de cette fête d’apparence sexiste, Halloween est-il sexy ou sexiste ? Au-delà du fait que cet événement n’est pas voué à célébrer une quelconque tenue dites sexy (pour rappel, beaucoup d’enfants fêtent Halloween), les tenues sexy ne concernent qu’en grande majorité les femmes. Selon Lauri Hyers, une professeure-chercheuse à l’université américaine de West Chester, dans une interview pour Inquirer, un tiers des costumes des filles et 90 % des costumes des femmes sont sexualisées contre 1 % pour les costumes des garçons et 11 % pour les hommes. Cette représentation non seulement sexiste mais aussi biaisée de ses professions altère la vision des plus jeunes sur ce que c’est d’être une policière et ce que c’est d’être un policier, rajoutant à la grande liste des éléments genrés l’exercice de la profession. Pour autant, une nuance existe, le féminisme d’aujourd’hui dénonce l’hypersexualisation, mais il ne faut pas prétendre qu’il faut empêcher les femmes de s’habiller de manière séduisante. Si autant de costumes sexy sont mis en vente c’est sûrement parce que la demande l’exige, le problème ici n’est peut-être pas les vendeurs de costumes, mais le regard des hommes. Cela n’empêche pas des dérapages vraiment dérangeants : à la suite du succès de la série The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate réalisé par Bruce Miller en 2018, portant sur un futur dystopique dans lequel une minorité de femmes fertiles sont réduites à des esclaves sexuelles pour faire des bébés, la marque Yandy a commercialisé les robes rouges et les chapeaux blancs que portaient les femmes dans la série. Ses costumes ont depuis été retirés de la vente.

 

Halloween et son soft power :

Que ce soit à travers les films ou d’autres éléments, les Américains dominent le soft power d’Halloween. Pour les films, Halloween est le plus grand succès cinématographique soft et commercial américain pour ce qui est d’Halloween. D’autres réalisateurs auront beau essayer de rivaliser avec d’autres films à succès comme It basé sur le roman de Stephen King, ou encore L’Exorciste basé sur des faits supposés réels, Halloween est indépassable. Classé premier dans le box-office américain en 2018, la série de 12 films a récolté 640 millions de dollars, elle a commencé en 1978 et continuera de se faire connaître car une suite est prévue pour le 14 octobre 2022 : Halloween Ends qui sera réalisé par David Gordon. Cette série a même donné lieu à des BD, des romans et à un jeu vidéo. Du côté des romans, l’un des plus grands romanciers et spécialiste de l’horreur est aussi américain, c’est Stephen King. Shining, It, Simetierre ou encore Carrie font partie de ses œuvres d’horreur les plus réputées, même si celui-ci a aussi écrit et réalisé pour d’autres genres. Même la fameuse franchise de livres Chair de poule vient d’Amérique, la série originale écrite entre 1992 et 97 par Robert Lawrence Stine, ainsi que ses spin-offs ont eu un énorme succès en France. Du côté musique, celle qui dépasse de loin toutes les autres pour ce qui est du thème d’Halloween, c’est indéniablement Thriller de Michael Jackson. Une nouvelle fois une personnalité américaine. Un classique à travers toute la sphère musicale puisque l’album du même nom est le plus vendu au monde. Au bout d’un an, 32 millions d’exemplaires ont été vendus et en 2017, les 66 millions d’exemplaires vendus ont été atteints. 

Mais récemment, un nouveau concurrent inattendu rentre en scène, si la Corée du sud s’est déjà montrée compétitive en termes de musique avec la K-pop et même à travers les films avec par exemple l’arrivée du film très réputé, Parasite réalisé par Bong Joon-ho. La Corée du Sud a su se montrer concurrentielle avec un nouveau genre. Même si les Etats-Unis connaissent un grand succès avec la série American Horror Story, qui reçoit le titre dans le livre du Guinness des records en 2019 de la série horreur la plus populaire, Squid Game, une nouvelle série Netflix parue le 17 septembre 2021, bat des records. Elle comptabilise 111 millions de vues sur les 27 premiers jours sur cette plateforme, mais son plus gros record c’est sa forte répercussion dans le monde. En effet, beaucoup de jeux tirés de la série sont recréés, organisés, des boutiques ont été ouvertes, et le phénomène est tellement important que les gens se bousculent et se pressent pour revivre les nombreux jeux enfantins revisités par la série. Mais le fait dérangeant, c’est que la série à tendance violente, inspirerai des enfants à faire de même dans leur jeux à l’école. Avec Halloween, la peur de voir arriver des enfants habillés de la même façon que dans la série a poussé l’Etat de New York à interdire ces costumes au sein des écoles. Le site internet « lobervateur.info » indique une possible inquiétude des Américains face à ce nouveau soft power sud-coréens. L’égo surdimensionné Américain se sentirai-t-il touché par l’arrivée d’une œuvre cinématographique étrangère réussie ? Ou voudrait-il plutôt seulement protéger ses enfants en évitant de transformer « un, deux, trois, soleil » en « un, deux, trois, je t’envoie un cailloux au visage si tu bouges » ?

 

Point sur la situation actuelle :

Depuis la pandémie, la pratique d’Halloween notamment le fameux « un bonbon ou un sort », a très largement reculé. C’est pour cette raison que dans un contexte où cette fête approche, un groupe de médecins pédiatriques Américains qui tiennent un site « healthychildren.org », ont créés une rubrique spéciale pour conseiller la population à participer à Halloween de manière sécurisée. Il semble donc que cette année, les Etats-Unis fêteront bel et bien Halloween.

En France, selon les vendeurs de costumes, cette année peut être du tout au tout. Ou l’envie de sortir de nouveau et de socialiser créera un gros boom dans la pratique de cette fête, ou alors, déjà plutôt délaissée, elle se verra reléguée à un vieux souvenir des années avant Covid. En tout cas, vous pouvez être sûrs qu’après les années « Joker », que cette année, « Squid Game » sera le grand vainqueur des déguisements « originaux » des soirées Halloween.

Sources :

 

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