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dimanche 4 décembre 2022

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

La Birmanie, un pays aux multiples joyaux

Situé dans l’Asie du Sud-Est, le pays birman a été mis sous les projecteurs de la scène internationale il y a bientôt un an. Auparavant pays oublié, il est voisin de la Chine et de l’Inde au nord-ouest et du Laos ou de la Thaïlande. Ses côtes s’étendent sur la moitié de la baie du Bengale. Seulement 100 mille kilomètres carrés plus grand que la France, le territoire birman montre une géographie et une Histoire très riches et variées. 

Bien que le pays soit un PMA (Pays les Moins Avancés), il garde néanmoins un PIB de 1351 Dollars par an et par habitant pour 55 millions de Birmans. C’est une économie essentiellement basée sur les ressources naturelles, les minerais (le rubis), l’agriculture en grande partie mobilisée par le riz et l’opium (pavot) ainsi que les ressources halieutiques via la mer ou les fleuves dont l’Irrawaddy. Sa situation géographique lui est très avantageuse mais l’instabilité politique du pays l’a empêché de fructifier. 

 

Il y a en effet depuis longtemps une volonté d’État central mais celle-ci est perturbée par un territoire multiethnique et en grande majorité rural. Les habitants ne parlent pas le même langage selon les régions, bien que le Bamar soit la langue la plus pratiquée. Cette langue domine les nombreuses autres et notamment celle des Rohingyas. C’est une ethnie musulmane discriminée d’une ampleur comparable à celle d’un génocide contre lequel le pouvoir politique a soudé le pays, en plus de l’armée qui maintient une cohésion nationale. 

 

L’armée est une junte politique au centre du système politique depuis plusieurs années, parfois forcée à cohabiter, mais jamais disparue. La Birmanie est un pays empli du patrimoine de son passé. Son âge d’or, entre le XIème et XIIIe siècles, a vu la construction de plusieurs merveilles architecturales inscrites au patrimoine de l’humanité. La plaine de Pagan, florilège religieux de cette époque, avec ses centaines de pagodes du Moyen Âge, est là pour nous rappeler la grandeur de Myanmar. Ce fut la guerre puis la colonisation anglaise qui mirent fin à la dynastie birmane. Le pays retrouve son indépendance en 1948. Son premier ministre, Aung San, est un militaire et le fondateur du parti birman créé en 1929 lors du premier élan d’indépendance. Il est assassiné dans le coup d’État de 1962 qui mena la junte militaire du pays et Ne Win au pouvoir. Il y a eu de nombreuses émeutes à cette époque et des bains de sang. La Birmanie affronte par la suite des troubles économiques. En 1988, Aung San Suu Kyi, fille du premier ministre assassiné, est élue secrétaire générale avec la Ligue nationale pour la démocratie. La junte militaire refusera néanmoins cette élection durant de nombreuses années en prenant notamment des mesures drastiques contre Aung San Suu Kyi. On pourra noter la Révolution de safran de 2007, épisode important durant lequel les moines traditionnellement apolitiques ont participé aux soulèvements. Cela reste néanmoins un événement exagéré car on a pu constater l’impuissance internationale et du peuple birman contre la junte. 

Ce n’est qu’en 2010 qu’à la surprise générale, le gouvernement de la junte militaire s’est auto dissout. Certains expliquent que le dictateur était bercé par une fausse popularité et était certain d’être élu dans une élection démocratique, d’autres suggèrent que la situation était difficilement tenable face aux pressions économiques et politiques, notamment chinoises. En effet, on peut voir un enracinement de la Chine en Birmanie depuis l’ouverture au monde en 1996, le pays se révélant rempli de ressources, notamment en pierres précieuses très lucratives et pour sa position géographique déjà énoncée. Aung San a donc pu accéder au pouvoir. Bien que non élue directement car des lois bloquent le poste de président à une femme, on lui a créé un poste spécial pour présider, la présidence devenant ainsi une fonction honorifique. Si on peut y voir une avancée en surface, la junte militaire garde les ministères clefs sous son contrôle ainsi que les activités les plus fructueuses telles que les mines de jade. Elle obtient chaque année, 15% du budget total de l’État. L’armée en Birmanie est donc intrinsèquement liée à l’État. 

Selon certains, même si la démocratie semblait acquise, le retour de la junte en février 2021 est logique. En effet, il n’y avait eu aucune modification des institutions en profondeur depuis les années 1960 et l’ouverture sur le monde de la Birmanie échappait à leurs dirigeants militaires. notamment via la Chine extrêmement visitée par les diplomates birmans ces dernières années. On a donc craint de trop bonnes relations avec le mastodonte qui deviendrait une nuisance, craintes appuyées par les avis de Moscou. De plus, la leader Aung San, bien que faisant ami-amie avec les militaires, montre une stratégie qui a effrayé les généraux. 

Un tel renversement effraye néanmoins beaucoup les occidentaux, qui se sont fortement retirés économiquement après les évènements, mais qui, vue la situation potentielle birman, n’ont pas tardé à opérer un demi-tour. De nombreux massacres ont été commis et la situation sanitaire a empiré la crise dans le pays. Aujourd’hui, plusieurs milliers de personnes sont détenues arbitrairement. Bien que la junte militaire annonce des élections pour un « système multipartite démocratique », Aung san, dame de Rangoon et prix Nobel de la paix, est en détention depuis 9 mois.

Sources :

Source de l’image : Pixabay, banque d’images libres de droit.

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