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samedi 28 mai 2022

Le journal des étudiant.e.s de Lyon 3

Être féministe au siècle des extrêmes

Je suis féministe et je n’ai pas peur de l’affirmer. 

Pourquoi devrais-je avoir peur ? Pourquoi devrais-je craindre d’être catégorisée et jugée simplement parce que j’ose défendre mes convictions ? 

Je suis féministe et pourtant je ne suis pas extrémiste.

Je ne veux plus avoir à prouver que je ne suis ni hystérique, ni choquante, à travers mes propos. 

Je suis féministe car je veux pouvoir disposer de mon corps comme je l’entends. Je suis féministe car je veux pouvoir me promener seule dans la rue sans avoir à accélérer dès que quelqu’un me suit d’un peu trop près. Je suis féministe car je veux pouvoir être sereine dès que l’on m’offre un verre ou qu’on me propose de me raccompagner. Je suis féministe car je veux pouvoir choisir la façon dont je m’habille, me maquille, me comporte sans avoir peur du jugement des autres. Je suis féministe car je veux pouvoir dire qu’une blague sexiste n’est pas drôle sans pour autant être rabat-joie. Je suis féministe car je veux qu’on me voie d’abord comme une personne, non comme une femme. Je suis féministe car je veux être égale aux autres. Je suis féministe car je ne veux plus me battre pour pouvoir être moi-même. 

Pourquoi devrais-je avoir peur ? Pourquoi devrais-je me contenter d’être une féministe qui ne dérange pas, une féministe passe-partout ? 

Je suis féministe et pourtant je ne déteste pas les hommes. 

Je veux que l’on arrête de croire que mon combat est le pendant féminin du machisme, qu’il cherche à abolir un système pour le remplacer par un autre – si ce n’est un plus juste.

Je suis féministe pour défendre les femmes, lutter contre les violences des hommes ; pas contre les hommes. Je suis féministe car je ne veux plus subir de domination, d’oppression. Je suis féministe car je veux pouvoir être hiérarchiquement supérieure à un homme sans que l’on ne questionne la façon dont j’y suis arrivée. Je suis féministe car je veux que mon succès soit associé à mes victoires, pas à celles des autres. Je suis féministe car je veux pouvoir donner mon avis sans qu’il soit relégué au second plan. Je suis féministe car je veux partir de la même ligne de départ que mes concurrents. Je suis féministe car je veux que mon travail paie autant que celui de n’importe qui. 

Pourquoi devrais-je avoir peur ? Pourquoi devrais-je me sentir comme une pauvre petite chose s’apitoyant sur son sort ? 

Je suis féministe et pourtant je ne me victimise pas. 

Je veux que l’on cesse d’associer la faiblesse à la féminité. 

Je suis féminisme car je ne veux plus avoir à minimiser mes convictions, à lisser mes propos pour ne blesser personne. Je suis féministe car je ne veux plus que l’on réduise mon combat à la recherche de l’égalité. En réalité, il représente bien plus. Je suis féministe car je veux que l’on me reconnaisse à ma juste valeur, que l’on reconnaisse l’histoire de ce combat passé sous silence bien trop longtemps. Je suis féministe car je veux que l’on connaisse les noms de celles et ceux qui se sont dressé·e·s face aux injustices pour faire avancer les choses.

Pourquoi devrais-je avoir peur ? Pourquoi devrais-je accepter que l’on diabolise mon combat ?

Je suis féministe et pourtant je ne suis pas violente. 

Je ne veux pas descendre nue dans la rue pour exprimer ma colère, revendiquer mes espoirs. 

Je lutte à ma façon. Je ne blâme aucune forme de féminisme. Après tout, y’a-t-il réellement une bonne manière de lutter ? Je ne crois pas en l’existence d’un seul féminisme mais au contraire, d’une pluralité. Une pluralité parfois antagoniste mais qui converge toujours sur certains points : l’égalité, la reconnaissance et la justice. 

Je suis féministe car je ne veux plus que mon combat dérange. J’aimerais d’ailleurs qu’il n’en soit plus un, que nous ne fassions qu’un. 

Pourquoi devrais-je avoir peur ? Pourquoi devrais-je minimiser mes engagements ? 

Je suis féministe et pourtant je ne cherche pas à renverser le système. 

Je veux qu’on lutte contre ces origines patriarcales et misogynes profondément ancrées, aujourd’hui banalisées. 

Je suis féministe pour que justice soit rendue à celles et ceux qui n’ont pas été reconnu·e·s, soutenu·e·s. 

Je suis féministe car je ne veux plus que des femmes meurent sous les coups de leur mari. Je suis féministe car je ne veux plus que des fillettes soient mariées avant même d’être en âge de tomber amoureuse. Je suis féministe car je ne veux plus que des femmes soient mutilées et en subissent les conséquences toute leur vie. Je suis féministe car je ne veux plus que des personnes soient agressées pour ensuite porter le poids de ce qui leur est arrivé. Je suis féministe car je veux que la honte change de camp. Je suis féministe car je ne veux plus que des épouses soient la propriété de leur conjoint, de leur père, de leur fils. Je suis féministe car je ne veux plus que ce combat se borne à un genre, une origine ou une orientation : je le veux intersectionnel.

Je suis féministe car je ne veux plus avoir peur. Non pas du combat que je défends mais de ce que les autres en penseront. 

Je suis féministe mais je ne m’adresse pas qu’à une moitié de la population. Mon combat est pour l’égalité et bien plus encore. Mon combat n’en est pas un, c’est un mode de vie. Mon combat est universel, il nous touche tou·te·s. Nos combats sont pluriels et pourtant, ils sont uniques, aujourd’hui ils ont assez duré. 

Je suis féministe pour moi, pour elles, pour eux et pour toutes ces personnes qui se sont battues et se battent encore chaque jour. 

Je suis féministe et je n’ai pas honte. Je ne défends aucun extrême, je ne prêche aucune haine. J’aimerais simplement que ma voix et celle de tou·te·s les autres qui pensent comme moi soient entendues. Que chaque mot soit une marche en plus et qu’enfin, on franchisse ce mur qui nous sépare depuis bien trop longtemps. 

Sources :

Source image : Pixabay, banque d’images libres de droit.

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