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mardi 25 juin 2024

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

Destins croisés – Chapitre 1 : le Kabyle

 

Épilogue

Janvier 2024. Une jeune fille entame la lecture de l’œuvre offerte par sa sœur : Persepolis de Marjane Satrapi. Relatant la jeunesse de l’auteure, ce roman graphique illustre chronologiquement le tournant autoritaire de l’Iran. Rapidement, elle se trouve entraînée par ce dédale d’images, partagé entre fuites, sentiment d’apatridie et jouissance de la vie. Au fil de sa lecture, elle s’interroge sur le passé des siens.

Dialogue familial

C’est au cours d’une soirée paisible, que la jeune fille, insouciante, pose la question à sa tante : « C’était comment la Kabylie ? ». Sa tante lui conte des « jardins magnifiques », « une voiture avec chauffeur à la sortie de soirées mondaines ». À l’époque, selon elle, « le champagne coule à flots ». Mais comment sa famille pouvait-elle être si privilégiée ? Alors, le nom de Moustapha fut mentionné. Son grand-père ? Cet homme âgé, habitant en banlieue parisienne, lui apparaissait par bien des aspects l’archétype de l’homme banal. Certes, elle se souvint de longs après-midi où il lui arrivait de partager son savoir autour d’un thé : de la géographie à l’histoire, en passant par des technicités économiques que jamais elle ne parvint à comprendre. Il avait réponse à tout. Pour elle, il n’avait jamais été qu’un vieil érudit ayant, un jour, immigré en France.

Mais que s’est-il passé ?

Consumée par ses réflexions, la lectrice se tourna vers sa mère. « Maman, en quelle année votre père est-il parvenu jusqu’en France ? ». Elle apprit qu’au début des années 1990, son grand-père avait fui un mal immense : la guerre. Occupant des postes au sein du Gouvernement, il n’avait eu d’autres choix que de quitter sa terre natale. Arrivé en France, son doctorat ne valait rien.

« – Bon nombre d’intellectuels ont dû quitter le pays. Ils étaient en danger. On appelle maintenant cette période la décennie noire. Les Algériens ont beaucoup souffert, tu sais. D’autant plus qu’au sein d’une même famille, il y avait des pro-islamiques, des non islamiques et des policiers. Sale période.

  – Il y a eu beaucoup de morts ?

  – Près de 200.000 ».

 

La décennie noire

À l’aube d’un renouveau après l’indépendance, le gouvernement algérien met en place ses premières élections libres. La période électorale est en passe de se clore, lorsque les dirigeants se rendent compte qu’ils risquent de perdre face au Front islamique du salut (FIS). Ne souhaitant nullement tomber sous l’égide d’un régime religieux, alors même que fleurissait devant leurs yeux l’espoir d’un jour nouveau, ils interrompirent le processus électoral. Jamais les résultats ne parvinrent. Cet affront démocratique déclencha une révolte au sein du pays. L’interdiction du FIS et l’arrestation de milliers de ses membres envenimèrent la situation. Émergent ainsi des groupes de guérilla constituant plusieurs fronts armés. Dans les villes sévissait le Groupe Islamique Armé (GIA), dans les montagnes, et notamment en Kabylie, le Mouvement Islamique Armé (MIA). Ce fut le début de la guerre civile (1992-2002).

L’écume du savoir

La jeune fille réalisa qu’il était tard pour découvrir cette partie de l’histoire, de son histoire. Pourquoi personne ne lui en avait jamais parlé ? La parole avait-elle unanimement disparu ? Elle se pencha alors sur les traces qui demeurent là-bas, en Algérie.

Extraits

« En Algérie la vérité n’a pas encore été dite. Beaucoup de jeunes ne savent pas ce qu’il s’est passé. D’autant que l’amnistie accordée aux terroristes en 2000 par le président Bouteflika a refermé la possibilité d’un vrai travail de mémoire ». Samia Allalou.

« J’avais envie de montrer les choses de l’intérieur, de montrer comment ces femmes – journalistes, intellectuelles, médecins ou étudiantes – avaient résisté aux islamistes. Pendant l’écriture du scénario, j’imaginais une sorte de thriller, de montagnes russes entre des moments de liberté, d’espoir, de complicité et des moments dramatiques. Au début des années 1990 à Alger, on pouvait très bien aller danser en boîte le soir et le lendemain se retrouver dans un bus avec des gens qui distribuent des voiles gratuitement. L’idée première était de rendre hommage à ces femmes fortes. Et comme ce sont elles encore qui descendent dans la rue aujourd’hui, le film est devenu un soutien aux récentes manifestations en Algérie ». Mounia Meddour en 2019, à propos de son film Papicha, retraçant cette période de l’intérieur, du point de vue des femmes.

Le 21 septembre 2019, l’avant-première du film prévue à Alger a été annulée sans explication

Sources :
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