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lundi 5 décembre 2022

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

Camille Claudel : le talent d’une sculptrice sous l’emprise d’un homme

« Je lui ai montré où trouver de l’or, mais l’or qu’elle trouve est bien à elle. » disait le sculpteur de renom, Auguste Rodin, au sujet de son élève, muse et maîtresse : Camille Claudel. 

Camille Claudel, sœur de l’écrivain Paul Claudel, naît dans une famille bourgeoise, en 1864. Elle démontre dès son jeune âge, une aptitude artistique grandiose, et ce pour la sculpture notamment. Elle se confronte pourtant à un domaine réservé aux hommes, où se faire un nom semble difficile. L’optique de devenir sculptrice pose des problèmes avec sa mère, une femme dure et sévère, ne souhaitant pas que sa fille s’établisse dans un domaine vu comme n’ayant rien de féminin. Malgré cela, le père de Camille émerge comme véritable soutien dans sa démarche artistique et l’encourage à poursuivre dans cette voie qui lui semble prédestinée. 

A l’âge de douze ans, Camille est repérée par Alfred Boucher, reconnaissant immédiatement la grandeur de son talent. Fasciné, il réalise une sculpture à son effigie « Camille Claudel lisant », et la met en relation avec son ami : Auguste Rodin. 

Cette rencontre marque le tournant de la vie de Camille, un tournant autant artistique qu’amoureux. Rodin la prend sous son aile, en faisant d’abord d’elle son élève, puis devenant très vite sa muse et maîtresse. Entre les deux sculpteurs vient s’établir une réelle compréhension artistique, à l’origine de l’apogée de leurs carrières, et de la réalisation de leurs plus beaux travaux. Cependant, leur art ne sera jamais récompensé par la même notoriété. 

Camille Claudel s’établit dans un milieu essentiellement masculin, permettant à la critique de faire couler de l’encre pour ce seul motif, la choquant de plus avec des sculptures jugées souvent trop fougueuses et sensuelles. Camille Claudel n’est alors qu’assimilée à Rodin dans ses travaux, ce dernier connaissant une notoriété des plus grandes, mais dont il s’accorde l’unique mérite, sans jamais partager la paternité de ses œuvres avec Camille. Camille, étant son élève, participe à une grande partie des œuvres de Rodin et réalise avec lui ses plus belles créations, comme « La Porte de l’Enfer ». 

Leur relation, aussi tumultueuse que fusionnelle, sera également à l’origine des plus belles œuvres de Camille Claudel, alors inspirées de sa vie et des sentiments qu’elle éprouve dans sa relation avec Rodin. Sur cette période sont réalisées « L’implorante » qui laisse apercevoir une femme sur les genoux implorant quelque chose, probablement l’amour de Rodin; « La Valse » où deux êtres proches dansent ensemble; et un peu plus tard, « La Vague » où l’artiste représente une femme tentant d’échapper à son maitre et son amante, alors même qu’elle va être engloutie sous une immense vague. 

Toutes ces oeuvres représentent l’état de détresse de Camille dans cette relation avec Rodin, où celui-ci est incapable de quitter sa conjointe pour son élève. 

L’amour violent et incandescent des deux artistes prend fin lorsque Camille se rend compte que Rodin se moque d’elle, et qu’il ne quittera jamais sa compagne. Camille réalise ainsi une oeuvre qui représente cette rupture : « L’âge mûr » dans lequel on observe un homme, sur lequel l’emprise d’une sorcière s’exerce, cette sorcière représentant Rose Beuret, la compagne de Rodin ; tandis qu’une autre femme, représentant Camille, tente de s’accrocher au dernier doigt de l’homme afin qu’il ne l’abandonne pas. 

Cette œuvre constitue aujourd’hui la pièce maîtresse des œuvres de Camille Claudel. 

Après cette rupture, Camille sombre dans la misère, puis dans la folie et la paranoïa. Elle est persuadée que Rodin et « sa bande » lui veulent du mal et essayent de la tuer. Elle  est internée dans l’hôpital psychiatrique de Ville-Evrard pendant trente ans. Trois décennies au cours desquelles personne ne vient la voir, abandonnée par sa famille, elle sombre du fait de sa solitude.

Son frère écrit peu après sa mort « Camille a terminé sa longue vie de déceptions et de souffrances. Le poids du génie est lourd à porter pour une femme ». 

Le génie de Camille Claudel mettra des années à être reconnu, et reste encore aujourd’hui ignoré par beaucoup, en comparaison à celui de Rodin, qui connaît sa notoriété durant son existence, celle-ci n’ayant jamais connu de discontinuité depuis.



Sources :

Journo Salomé, « Camille Claudel », podcast Blabla’art, Fréquence protestante, 11 décembre 2020 

http://l-histoire-d-hier-a-demain.eklablog.com/claudel-camille-2-c29244720

http://www.nella-buscot.com/sculpteurs.php?idsculpteur=scu0003&lng=0

Source image : Margot Theron



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