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samedi 3 décembre 2022

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

Aung San Suu Kyi : chute d’une icône controversée

Lundi 1er février 2021, la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi et plusieurs hauts représentants de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD) sont arrêtés à l’aube. L’armée déclare l’État d’urgence et nomme le commandant en chef Min Aung Hlaing au pouvoir. 

 

Une impression de déjà-vu ?

Après son indépendance en 1947, la Birmanie connaît un premier coup d’État en 1962 qui lui vaudra une dictature militaire de 1962 à 2011. Vingt ans plus tard, second coup d’État, le chef d’État démissionne et la junte militaire prend le pouvoir. Le 13 novembre 2010 le pays est libéré, la junte est dissoute en 2011 et un gouvernement civil composé d’anciens militaires reconvertis engage le pays sur une voie réformiste acceptant le retour au premier plan d’Aung San Suu Kyi.

 

Aung San Su Kyi : l’arrivée d’une sauveuse

« Je ne pouvais pas, en tant que fille de mon père, rester indifférente à tout ce qui se passe » clame Aung San Su Kyi à l’occasion de son premier discours en 1988. 

Aung San est un héros de l’indépendance birmane, adulé par la population. Lorsqu’il est assassiné en 1947, la future opposante au parti militaire, encore enfant, part grandir en Grande Bretagne jusqu’à son retour en Birmanie en 1988. Le contexte politique est fragile, la population affirme de plus en plus sa révolte contre la junte, c’est à ce moment qu’elle fait le choix de prendre place sur la scène politique et cofonde la Ligue nationale pour la démocratie (LND). Elle devient la secrétaire générale du parti politique, opposé à la junte militaire au pouvoir. A l’occasion des élections législatives de 1990, la LND remporte la majorité, le gouvernement militaire s’y refuse et place l’opposante en résidence surveillée, sa popularité atteint un pic. 

Comme son père dans le passé, elle apparaît comme une héroïne de l’opposition pour un peuple opprimé depuis des décennies. La communauté internationale la place sur un piédestal. On la compare à Ghandi ou Nelson Mandela. 

  • 1990 : elle reçoit du Parlement européen le prix Sakharov pour la liberté de pensée
  • 1991 : lauréate du prix Nobel de la paix
  • 2000 : médaille présidentielle américaine de la liberté
  • 2004 : citoyenne d’honneur de Paris

Elle représente le combat pour la démocratie à l’international. A sa libération le 13 novembre 2010, tous les pays occidentaux célèbrent la nouvelle. 

Elle est élue députée à l’issue des élections partielles de 2012 et mène son parti à la victoire aux législatives de 2015. Un an plus tard une disposition constitutionnelle l’empêche de devenir présidente du fait de son mariage avec un britannique. Elle est alors nommée ministre des Affaires étrangères, conseillère spéciale de l’État et porte-parole de la présidence, sa position étant celle d’un chef de gouvernement de facto. Cependant la vie politique demeure régie par la Constitution de 2008 suivant le modèle indonésien et conférant une place centrale à l’armée. 

 

La perte de popularité à l’international d’une icône : la répression des Rohingya

En 2017, près de 750 000 Rohingya fuient l’armée et les milices bouddhistes pour se réfugier dans des camps de fortune au Bengladesh. La Cour Internationale de Justice (principal organe des Nations Unies) accuse la Birmanie de génocide.  

En 2019, Aung San Suu Kyi nie « toute intention génocidaire » devant la Cour. L’opinion publique internationale se retourne contre l’ex prisonnière politique qui affirme sur BBC « Je ne suis pas mère Teresa » et déçoit avec des propos autoritaires et islamophobes. 

 

Une popularité intacte sur le territoire national

Dans un pays replié sur lui-même et éloigné de tous les grands enjeux internationaux depuis plus d’un quart de siècle « Mother Suu » connaît un bilan positif sur la scène intérieure avec une croissance économique et de nombreux investissements étrangers, en particulier de la Chine et du Japon.  Le 8 novembre dernier la Ligue Nationale pour la Démocratie remportait une nette victoire à l’Assemblée nationale avec 396 sièges sur 440 et au Sénat, faisant encore mieux qu’en 2015 quand une victoire historique avait été proclamée. 

 

La réaction militaire du 1er février dernier

Le coup d’Etat du lundi 1er février 2021 remet en question la transition démocratique qu’Aung San Suu Kyi et son parti ont réussi à mettre en place ces dernières années en Birmanie. La junte militaire n’est pas prête à renoncer à ses privilèges. C’est un retour en arrière pour le pays qui voit à nouveau l’opposante à la junte emprisonnée. 

Beaucoup moins populaire à l’international que lors de son premier emprisonnement, quel soutien recevra-t-elle cette fois de la part de la communauté mondiale ?  En appelant son peuple à la révolte contre l’acte des militaires qu’elle qualifie de coup d’état, la réaction du des Birmans n’est qu’une question de temps et les évènements à venir seront cruciaux pour l’avenir politique du pays. 

Sources :
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