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dimanche 4 décembre 2022

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

Albrecht Dürer : la figure cachée de la Renaissance germanique

« Tout ce qui fut mortel en Dürer est enfermé dans ce tombeau » dit Willibald Pirckheimer lors des funérailles de Dürer. Avec cette affirmation, l’illustre juriste et humaniste allemand reconnaît le caractère immortel de l’art, et des recherches de ce pionnier de la Renaissance allemande, qu’est Albrecht Dürer. 

Génie artistique, Dürer est peintre, graveur, dessinateur, et amène l’art de l’estampe à un niveau de maîtrise jusqu’alors inconnu. Véritable théoricien de l’art, Dürer bouleverse les conceptions artistiques du Saint Empire Romain Germanique du XVème-XVIème siècle, participant à la fin du gothique, au profit de l’esthétique de la Renaissance ; cette dernière étant marquée par une étude et une représentation des proportions et du corps humain tout à fait pionnière. 

Albrecht Dürer est souvent présenté comme l’homonyme de Raphaël concernant ses travaux datant de la Renaissance ; mais aussi comme celui de Léonard De Vinci lorsqu’il s’agit de la représentation des proportions et des corps. Il se veut humaniste et s’inscrit dans la lignée des théoriciens de l’art de l’Antiquité, à la suite des fondements posés par Vitruve dans son œuvre De Architectura. Peintre relativement peu connu en France, on ne garde de lui que quelques œuvres : un seul tableau exposé au Musée du Louvre : Portrait de l’artiste tenant un chardon, et de nombreuses estampes et dessins, bien moins connus du public. 

Dürer est au contact de l’art dès son plus jeune âge dû à la proximité qu’il entretient avec l’atelier d’orfèvrerie de son père, à Nuremberg. Il y apprend la maîtrise du burin (l’outil de l’orfèvre), lui apportant la base fondamentale de ce qui constitue une grande partie de son œuvre : la gravure. Néanmoins, l’orfèvrerie ne se résume pas uniquement à l’estampe, mais aussi au dessin préalable des œuvres sur papier : Dürer bénéficie également de ce savoir-faire.

Ce don pour le dessin est alors remarqué grâce à ce qui est considéré comme la première œuvre de Dürer : un autoportrait de lui à 13 ans, qui marque son génie précoce dans une technique aussi dure que celle du papier d’argent, ne laissant aucune possibilité de correction. 

Dürer devient ensuite l’élève de Wolgemut, peintre et graveur, qui lui permet d’approfondir sa connaissance des primitifs flamands, dont l’étude imprime directement sa marque sur la technique artistique de l’élève, technique par ailleurs également influencée par la spécificité de la formation du maître concernant les portraits. Dans cet atelier, Dürer découvre son médium de prédilection pour la gravure, où il se spécialise. 

Pour parfaire sa formation, durant toute sa vie, Dürer voyage et s’inspire des personnes qu’il rencontre et des lieux qu’il visite. Des voyages sont alors effectués à Colmar, en Italie et aux Pays-Bas à la fin de sa vie. 

L’importance de ces voyages peut être comprise grâce à la ressemblance de la réalisation de certaines œuvres, et la proximité créée par la rencontre et le partage avec certains artistes. Notamment dans une période où Nuremberg devient une ville ouverte sur le monde et développe son commerce, à la fin du XVe siècle. Apparaît alors une bourgeoisie marchande, patricienne et intellectuelle qui entretient un lien avec l’Italie du Nord déjà plus développée. Ainsi l’œuvre de Dürer naît dans un contexte d’échange économico-culturel avec l’Italie et d’essor de l’humanisme.

L’une des premières œuvres peintes de Dürer est Le Christ de douleur. On analyse dans ce tableau, l’humilité d’un Christ de résurrection, consacré par la couronne d’épines et un fond bleu énonçant l’apparition divine, ainsi que des traits faciaux très modernes.

Dürer réalise L’Apocalypse en 1498 (probablement en Italie, à Venise), un livre avec gravure. Cette œuvre semble incarner le sommet de l’art de Dürer, où il s’émancipe du texte dans ses images, et bouleverse les modèles connus. La gravure sur bois atteint ici un niveau inédit, notamment grâce à la maîtrise du burin, avec lequel Dürer est capable de réaliser des dégradés d’une finesse remarquable. De cette œuvre monumentale, une planche en particulier est célèbre de nos jours : Les quatre cavaliers de l’Apocalypse.

Le plus grand cuivre de Dürer est le Saint Eustache, qui nous permet d’entrevoir un artiste accompli avec une maîtrise complète de la technique. Dans cette œuvre, le traitement du burin est tellement précis qu’il se confond avec une peinture. Cette estampe traite encore d’un sujet relatif à la religion chrétienne, thème que l’on retrouve beaucoup chez Dürer. Cette œuvre amène l’obsession du traitement des proportions chez Dürer, notamment à travers la représentation du cheval. 

Dürer démontre également sa maîtrise de l’architecture dans l’ensemble de la Vie de la Vierge

Dürer consacre la plus grande partie de sa vie à l’art des estampes, ayant par ailleurs l’avantage de disposer d’un très bon potentiel commercial. Cet art lui permet d’innover et lui octroie une grande liberté, la gravure étant un art sans commanditaire, laissant libre court à l’imagination de l’artiste. 

L’obsession des proportions s’installera plus tardivement chez Dürer, où l’objectif est de percer ses secrets, afin de percer ceux laissés par Dieu dans la nature. Il vise l’aboutissement de l’art par ce réalisme dans sa création, et laisse ainsi de nombreux écrits, qu’il souhaite diffuser comme manuel d’application théorique. Dürer innove dans la même voie que De Vinci, avec son Homme de Vitruve où la recherche réside dans le cercle entourant l’homme, qui permettrait la réalisation de la perfection du corps humain. L’ambition de comprendre le monde anime Dürer, et ce dernier, par son art, nous permet d’assister à cette tentative de traduction du monde en image.

Le dernier voyage de Dürer sera aux Pays-Bas, où il est proche de Maximilien Ier, ce dernier ayant recours à de puissants portraits pour asseoir symboliquement son pouvoir. Ce voyage est l’occasion pour Dürer de se consacrer au fastidieux travail des proportions : il représente alors, en grand nombre, des animaux et des personnages. De nombreux portraits que Dürer réalise durant ce voyage sont marqués par l’influence des primitifs flamands, témoignant de la connaissance que l’artiste a de ces derniers. 

Un article ne permet pas de rassembler l’immensité de l’œuvre de Dürer, souvent bien trop méconnue, due à une faible exposition en France. Néanmoins, la vie de l’artiste nous est aujourd’hui très détaillée au regard de la quantité d’écrits qui accompagnent son chemin, ainsi que ses œuvres. Dürer nous laisse alors avec tout un art à découvrir, celui-ci, ayant la chance inouïe d’être documenté par son auteur. 

 

Sources :

Source article :

Cours d’été de l’Ecole du Louvre : Albrecht Dürer : l’artiste et la Renaissance 

https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Albrecht_Dürer/117469

Source image :

 https://www.larousse.fr/encyclopedie/images/Albrecht_Dürer/1002556

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