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samedi 28 mai 2022

Le journal des étudiant.e.s de Lyon 3

L’intégration du pronom « iel » et la démocratisation de l’écriture inclusive : Assassinat de la langue française ou témoignage d’une évolution des mœurs ?

Cher.e.s lecteur.trice.s, 

La clôture de 2021 aura permis la création et le développement de débats nouveaux ou d’anciens enjeux remis sur le devant de la scène. Entre les coups de théâtre médiatiques eu égard à la présentation d’Éric Zemmour aux présidentielles, l’éternel débat sur le voile revenant chaques fois que les médias n’ont rien de plus intéressant à dire et les pandora papers, un débat d’un autre genre a fait surface : l’écriture inclusive. 

Cette discussion n’est certainement pas nouvelle étant donné que la langue française a été accusée, à tort ou à raison, d’être trop marquée par le patriarcat et la présence masculine du fait de la règle du « masculin l’emporte sur le féminin ». Il faut noter qu’avant même le point médian, des courants féministes ont interpellé l’Académie française sur une modification grammaticale à la faveur d’un accord de proximité consistant à ne plus laisser le masculin l’emporter sur le féminin, mais à accorder en vertu du genre du nom le plus proche de l’adjectif ou du participe passé. Par exemple, on n’écrirait plus « les hommes et les femmes sont devenus » mais plutôt « les hommes et les femmes sont devenues » étant donné que le nom « femmes » est le plus proche et qu’il est marqué du sceau du féminin et du pluriel, justifiant la marque -es.

 

Néanmoins, ces courants de pensée, tout comme le féminisme de l’époque, étaient écrasés par une société masculine et une relégation de telles problématiques sociales au second plan car considérées, à l’époque, comme non-primordiales. 

Cela étant, aujourd’hui, certains enjeux réapparaissent de façon plus marquante dans un contexte français d’émancipation féministe et de déconstruction de la binarité du genre. 

On entend parler sérieusement de « point médian » de « non-binarité », d’écriture inclusive et autres… Nécessairement, il parait aux plus réfractaires des Français que de telles innovations sont l’avènement de la décadence et l’assassinat de la langue français. Eu égard à une lettre ouverte de l’Académie française en date du 7 mai 2021 sur l’écriture inclusive, « L’écriture inclusive offusque la démocratie du langage »

Incontestablement, l’entrée le 28 novembre 2021 dans le dictionnaire Robert en ligne du pronom « iel » « employé pour évoquer une personne quel que soit son genre » est la goutte de trop pour ces réticents.

Alors, signons-nous l’arrêt de mort de la langue française et des traditions grammaticales qui nous sont si chères ?
Il est nécessaire de mettre en lumière l’hypocrisie de refuser une telle modification alors que des mots naissent, disparaissent ou changent d’orthographe en permanence. Rappelons-nous d’une chose : les langues ne sont pas immuables et ne sont pas bloquées dans une certaine vision du monde. Par ailleurs, il ne s’agirait pas non plus d’être trop enthousiaste face à une telle nouvelle. Ainsi, l’Académie française déplore toujours cette intégration. Cela montre bien qu’une telle intégration dans le dictionnaire n’ouvre pas une obligation de reconnaissance par tous. La langue demeure aussi un phénomène social requérant une forme d’accord tacite collectif. 

De ce fait, cette introduction n’est pas aujourd’hui un changement fondamental de la langue française, même si elle ouvre des portes pour l’avenir de manière évidente.
C’est une victoire ou une défaite en demi-teinte. Seul l’avenir nous dira si l’écriture inclusive évoluera vers plus d’utilisation, même si c’est déjà pourtant un type d’écriture reconnu dans certains établissements. En effet, l’ENS a adopté cette écriture pour tous ses courriers administratifs. 

Sources :

Sources article :

 

Sources photo : Pixabay, banque d’images libres de droit.

 

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