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lundi 5 décembre 2022

Le journal des étudiantes et étudiants de Lyon 3

Un décès minutieusement organisé : L’opération « London Bridge »

Jeudi 8 septembre 2022, environ 1 an et 5 mois après le décès de son mari le Prince Philip, Elizabeth II s’est éteinte, laissant derrière elle plus de 70 ans de règne et de souvenirs dans l’esprit du peuple britannique mais aussi du monde entier. Mais au-delà de ces traces laissées dans l’histoire, une question fondamentale se pose : qu’est-il censé se passer après le décès de la souveraine ?

Révélée pour la première fois en 2017 par le journal britannique The Guardian, l’opération « London Bridge » détaille précisément les protocoles encadrant le décès de sa Majesté, Elizabeth II. En effet, lucide quant au fait que sa disparition paralyserait le pays dans son entier, cette dernière avait établi les règles et arrangements destinés à encadrer ses funérailles au moment venu, dès 1960. Ainsi, comme établi dans ce document, le jour de la disparition de la reine est appelé « Jour J » et les jours suivants sont quant à eux désignés par « J+1 », « J+2 » et ainsi de suite, jusqu’au jour de ses funérailles, prévu 10 jours après le décès.

Tout d’abord, et pour ne rien laisser au hasard, l’Opération « London Bridge » offre une vision détaillée de l’annonce de son décès au monde entier. Ainsi, dès le décès de la souveraine, la Première ministre, Liz Truss, est mise au courant via une ligne téléphonique sécurisée mise en place par le secrétaire privé de la reine. Ce dernier débute la conversation par l’expression codée « London Bridge is down ». Ces mots permettent ainsi l’enclenchement de toute l’opération et signifient que le monde entier peut être mis au courant du décès de la reine. Ainsi, sont informés en premier lieu les 670 conseillers de la couronne, essentiellement des responsables politiques et hauts fonctionnaires, formant le Privy Council. Ensuite, c’est au tour des membres du gouvernement d’apprendre la nouvelle puis aux chefs d’Etats des pays du Commonwealth. En dernier lieu, la famille royale partage une note officielle dans laquelle il est annoncé au peuple britannique et au reste du monde le décès de la reine. Suite à cette annonce, de nombreux protocoles s’enchaînent, passant de la mise en berne de l’Union Jack le long de White Hall au retentissement des cloches des églises du Royaume Uni, sans oublier l’instauration de la bannière noire sur les sites et réseaux sociaux de la couronne.

Bien que tous ces éléments soient tirés de l’opération « London Bridge », certains pans des arrangements n’ont pu être respectés. En effet, ces protocoles prévoient le décès de la reine à Londres et régissent donc le programme selon cette donnée. Or, Elisabeth II est finalement décédée à Balmoral, en Ecosse, lieu de sa résidence d’été. C’est donc toujours dans l’optique de ne rien laisser au hasard que la reine a prévu cette éventualité dans un nouveau document : l’opération « Unicorn ». Pourquoi avoir choisi ce nom ? La licorne étant un symbole de l’Ecosse, elle figure sur son blason au côté du lion, et représente ainsi un clin d’œil au peuple écossais et au lieu de résidence de la reine qui était si cher à son cœur. Cette opération prévoit donc le décès de la souveraine loin de la capitale anglaise et règle de ce fait son rapatriement. Ainsi, le deuil national est prévu pour les 12 jours suivants la disparition de la souveraine britannique. Initialement, le jour-J, le Prince Charles devait rencontrer la première ministre britannique et s’adresser au peuple britannique à 18 heure pile, heure locale. Toutefois, et pour le reste de la procédure, le programme a été décalé d’un ou plusieurs jours au regard de l’heure tardive du décès de la reine et d’autres éléments pratiques. Ainsi, le fils aîné de la reine ne s’est adressé à son peuple que le 9 septembre 2022. Dans sa première allocution, il a tout d’abord rendu un hommage particulier à sa défunte mère, qu’il qualifie d’ailleurs d’exemple pour lui ainsi que pour toute la famille royale. Il y affirme également s’engager à défendre « les principes constitutionnels » tout au long de son règne, comme s’y est attelée sa défunte mère. Le lendemain, les 670 membres du Privy Council ont formé l’Accession Council afin de proclamer le prince nouveau monarque sous le nom de Charles III.

Le jour suivant, initialement J+2 mais finalement le dimanche 11 septembre 2022 (J+3), le corps de la reine a commencé son voyage à travers le Royaume-Uni. En fait, si elle était décédée à Sandringham en Angleterre, son corps aurait été transporté jusqu’à Londres via le Royal Train. Toutefois, du fait de son décès en Ecosse, l’opération Unicorn a été activée et prévoit son rapatriement depuis Balmoral. Ainsi, le cercueil de la reine a tout d’abord été amené à Holyroodhouse, le palais officiel de la monarchie dans la capitale écossaise. Ensuite, il a été mené jusqu’à la Cathédrale Saint Gilles, dans laquelle était prévu un service religieux destiné au recueillement des citoyens le souhaitant. Quelque 33 000 personnes étaient présentes afin de dire adieu à la reine. Enfin, le cercueil est arrivé à Buckingham Palace, accueilli par la première ministre et son cabinet.

Le troisième jour après son décès, le nouveau roi Charles III a reçu la motion de doléances à Westminster Hall. Cela ouvre une série d’hommages rendus dans tout le royaume, en commençant par ceux du parlement écossais. Le lendemain (J+4), le roi est attendu en Irlande du Nord pour continuer son tour d’hommage.

Au cinquième jour suivant sa disparition, en réalité le mercredi 14 septembre, la reine a été transportée de Buckingham Palace à Westminster via The Mall, l’avenue longue de 2 kilomètres qui relie les deux bâtiments. Le déplacement du cercueil a alors été accompagné d’une parade militaire, rendant hommage à l’ancienne cheffe des armées. Aussi, de nombreux coups de canons ont été tirés depuis Hyde Park et le cortège fut accompagné d’une délégation de corgis, les chiens adorés de sa Majesté. La défunte souveraine a par la suite reposé de mercredi 14 septembre à 17 heure, heure locale, à lundi 19 septembre à 6h30 du matin au siège du parlement. Pendant ces quelques jours, les sujets pouvaient ainsi venir s’y recueillir 23h sur 24. Ce temps de recueillement est appelé au Royaume-Uni le « lay in state », renvoyant à l’idée d’une veillée funéraire. Lors du décès de la reine mère en 2002, 200 000 personnes étaient venues lui rendre un dernier hommage à Westminster. Pour Elizabeth II, avant l’épidémie du covid-19, les estimations prévoyaient près de 500 000 visiteurs. Selon France Info, mercredi 14 septembre on attendait pour les quatre jours plus de 750 000 personnes, prêtes à attendre jusqu’à  30 heures pour adresser un dernier au revoir à leur reine. Quant à la file d’attente, il était prévu qu’elle puisse s’étendre sur plus de 16 km.

Selon l’opération « London Bridge », les funérailles doivent avoir lieu 10 jours après le décès de sa majesté Elizabeth II. Ce délai a été établi afin de permettre aux dirigeants de tous les Etats du Commonwealth, même les plus éloignés, d’assister à la cérémonie. Toutefois, cette dernière a finalement eu lieu le lundi 19 septembre. Les funérailles royales se sont évidemment tenues à l’abbaye de Westminster, lieu qui a fortement marqué la vie de la reine puisqu’elle s’y est mariée en 1947 et y a été couronnée en 1953. A neuf heure du matin, Big Ben a retenti, marquant le début de la journée funéraire, jour férié pour la plupart des Britanniques. La cérémonie commença à onze heure, heure locale, et cela marqua la paralysie totale du royaume. En effet, le journal The Guardian avait précisé que « les trains ne seront plus annoncés » ainsi que « les bus s’arrêteront et les chauffeurs descendront au bord de la route ». Quelque 2000 invités dont de nombreux chefs d’Etat ont assisté à la cérémonie. Ensuite, le cortège a remonté The Mall, avec un arrêt près d’un affût de canons, lesquels ont été tirés par 142 marins de la Royal Navy, rendant ainsi un dernier hommage à la reine. La procession s’est ensuite rendue à la chapelle Saint Georges de Windsor dans laquelle sont inhumés tous les souverains britannique. Une fois fermées, les portes de la chapelle marquèrent la fin de la cérémonie publique, laissant à la famille de la défunte un moment de recueillement en intimité. Toutefois, même dans cette sphère privée, les protocoles doivent être respectés par la famille royale. Ainsi, d’après The Guardian, l’opération « London Bridge » impose au roi Charles III de disperser sur le caveau royal une poignée de terre rouge se trouvant dans un bol en argent. Finalement, l’inhumation a eu lieu à 19h30 heure locale et a ainsi marqué la fin de la période de deuil national. Toutefois, un « deuil royal » s’appliquera aux membres de la famille royale, au personnel de la monarchie, et aux troupes engagées dans les cérémonies durant sept jours.  

Plus spécifiquement, le nouveau roi a tenu à promouvoir des obsèques vertes, respectueuses de l’environnement. En effet, les chefs d’Etat ont reçu des recommandations visant à limiter leur empreinte carbone. Notamment ils ont été encouragés à prendre des vols commerciaux, l’aéroport d’Heathrow étant fermé aux jets privés pour cette occasion. Par ailleurs, dans cette optique, le roi tenait à ce qu’ils soient transportés à l’abbaye de Westminster en bus depuis Londres. Respectueuse de l’environnement certes, la cérémonie a tout de même coûté très cher au Royaume Uni : quelque 10 millions d’euros ont été dépensés pour les obsèques, sans compter les effets du gel de l’économie nationale lors du jour férié.

Le décès de la reine précipitera-t-il malencontreusement l’entrée du pays en récession économique ?

Sources :
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