Un art qui surgit là où on ne l’attend pas
Depuis quelques années, les rues de Lyon se transforment en musée à ciel ouvert. Entre les mosaïques délicates d’Ememem et les pixels énigmatiques d’Invader, l’art urbain lyonnais prend une dimension unique. Deux artistes, deux styles et une mission commune : réenchanter la ville et raconter une histoire là où elle semble brisée.
1. Ememem, chirurgien des trottoirs

Depuis 2016, Ememem répare les fissures des trottoirs et des murs de Lyon avec ses mosaïques colorées, qu’il appelle flacking. Son travail, discret mais marquant, s’inscrit dans une tradition ancienne tout en réinterprétant le rôle de l’art dans l’espace public.
Pourquoi des mosaïques ?
L’inspiration vient du du Kintsugi, une méthode japonaise de réparation de la céramique avec de l’or. L’artiste explique qu’il voit dans chaque fissure « une blessure urbaine » à soigner. « Mes mosaïques, c’est un pansement artistique, un moyen de redonner de la beauté à ce que l’on oublie ou néglige. »
Toutes les oeuvres de l’artiste sont publiées sur le profil instagram official de l’auteur @ememem.flacking.
Un style intemporel :
En utilisant la mosaïque, il s’inscrit dans une tradition millénaire qui remonte à l’Antiquité romaine: à l’époque, les mosaïques servaient souvent à raconter des récits ou à embellir les espaces communs. C’est comme ça que Ememem combine tradition et modernité dans des œuvres uniques.

Où trouver les mosaïques d’Ememem ?
Lyon est le berceau du flacking, mais les œuvres d’Ememem s’exportent dans le monde entier.
Voici quelques-unes des créations les plus emblématiques :

À Lyon :
- Rue des Capucins à Croix-Rousse : une mosaïque dorée qui évoque un chemin lumineux.

- Les quais de Saône, où des mosaïques éclatantes contrastent avec la pierre grise.
- Quartier Monplaisir : des œuvres humoristiques qui transforment des trous en personnages.
Ailleurs dans le monde :
- Milan : Une mosaïque monumentale en noir et blanc près de la Piazza del Duomo.
- Oslo : Un flacking en forme de flocon de neige, hommage au climat nordique.
- Paris : Les pavés du Marais accueillent des motifs floraux subtils.
Le premier flacking connu ?

Il remonterait à 2016, à Lyon, sur la Place Sathonay. Depuis, Ememem a réalisé plus de 100 mosaïques à travers l’Europe.
2. Invader : quand les pixels envahissent la ville

Si Ememem répare les trottoirs, Invader colonise les murs. Cet artiste français, actif depuis la fin des années 1990, est célèbre pour ses mosaïques représentant des personnages pixellisés inspirés des jeux vidéo, notamment Space Invaders. Cet artiste anonyme a installé plus de 4000 œuvres dans 80 villes à travers le monde.
toutes les oeuvres de l’artiste sont sur son profil officiel instagram @invaderwashere
Où trouver les envahisseurs ?
- À Lyon :
- Plus de 70 « invasions » sont disséminées dans la ville, notamment dans le Vieux Lyon, à la Croix-Rousse et à Confluence. Certaines “invasions” sont bien cachées, comme celle de l’hôtel de ville, tandis que d’autres, comme celles des Quais du Rhône, attirent l’attention par leur taille.
- Ses œuvres transforment les balades en véritables chasses au trésor : chaque mosaïque est numérotée et répertoriée en une carte interactive.
- Une portée mondiale : Parmi les villes envahies les plus célèbres on pense à Paris, Londres, Tokyo, New York et Naples.
FlashInvaders : un jeu grandeur nature

Avec l’application FlashInvaders, les fans peuvent localiser les œuvres d’Invader, les « flasher » pour les collecter et ainsi accumuler des points. Une manière ludique de redécouvrir la ville à travers l’art.
Une réflexion sur la technologie
Les œuvres d’Invader ne sont pas uniquement esthétiques. Elles interrogent la place de la technologie dans nos vies. En utilisant des motifs pixellisés, il joue avec la nostalgie des jeux vidéo tout en nous invitant à réfléchir sur l’urbanisation et l’impact du numérique.
3. Entre art et politique : la street art est-elle légale ?
L’un des aspects fascinants de la street art est sa tension permanente entre création et illégalité. Si certaines œuvres sont tolérées, voire commandées par les municipalités, beaucoup d’artistes travaillent dans l’ombre pour échapper aux sanctions.
Les lois en France
En France, le code pénal considère que toute intervention sur l’espace public sans autorisation peut être sanctionnée comme une dégradation de biens publics ou privés. Les artistes risquent des amendes allant jusqu’à 3750 €, voire des peines de prison.
Toutefois, certaines villes comme Lyon ou Paris commencent à reconnaître la valeur culturelle de ces œuvres et à collaborer avec les artistes pour créer des projets légaux.
Un exemple contrasté : Banksy
Pour mieux comprendre la portée politique du street art, il est utile de le comparer à un artiste comme Banksy, dont les œuvres sont devenues des icônes mondiales.
- Contrairement à Ememem ou Invader, Banksy utilise son art pour dénoncer des injustices sociales, économiques et politiques. Ses œuvres, souvent réalisées dans des zones de conflit ou sur des murs symboliques, comme celui de Bethléem, interrogent directement le spectateur sur les inégalités et les abus de pouvoir.
- À la différence d’Ememem, qui adopte une approche réparatrice, ou d’Invader, qui s’amuse avec la nostalgie, Banksy utilise la rue comme un espace de confrontation.
4. Un dialogue entre deux artistes, deux visions

Bien que leurs styles sont très différents, Ememem et Invader partagent une vision commune : transformer la ville en espace de jeu et d’émotion. Là où Invader utilise les murs pour rappeler les pixels de notre enfance, Ememem se concentre sur le sol, trouvant de la poésie dans les cicatrices urbaines.
- Ememem : « Je travaille avec le sol, là où les gens ne regardent jamais.«
- Invader : « Mon art est une invasion : je le laisse là, libre à vous de le remarquer ou pas.«
5. Pourquoi cet art fascine-t-il autant ?
L’art urbain, contrairement aux œuvres exposées dans les musées, s’adresse à tout le monde. Les mosaïques d’Ememem et les pixels d’Invader touchent pour plusieurs raisons :
- Accessibilité : Ces œuvres n’imposent pas de ticket d’entrée ; elles sont là, offertes à ceux qui lèvent les yeux (ou baissent la tête).

- Surprise : Les découvrir par hasard donne une impression de trésor trouvé.
- Résonance personnelle : Chaque fissure réparée ou personnage pixellisé peut évoquer une émotion unique selon celui qui les contemple.
- Politique : En intervenant sur l’espace public, les artistes remettent en question les limites entre propriété privée, collective et liberté d’expression.
Une mémoire éphémère
Ironiquement, la street art est souvent confrontée à sa propre fragilité. Les œuvres peuvent être détruites, recouvertes ou effacées, ce qui les transforme en une mémoire éphémère de nos villes.
6. Lyon, capitale de l’art urbain ?
Lyon n’a peut-être pas la renommée de Paris en matière de street art, mais la ville s’impose comme un laboratoire créatif :
- Les initiatives locales, comme le Street Art Festival de Lyon, attirent chaque année des artistes du monde entier.
- Des quartiers comme Guillotière ou Confluence deviennent des vitrines de la diversité de l’art urbain.
L’art au coin de la rue
Ememem et Invader montrent que l’art urbain n’est pas qu’une affaire d’esthétique. Ces deux artistes réinventent la manière dont nous voyons nos villes, transformant le banal en extraordinaire, le brisé en beau. Mais cela soulève aussi des questions essentielles : à qui appartient l’espace public ? Où placer la frontière entre art et dégradation ?
7. Une invitation au voyage artistique !
Pour découvrir ces œuvres :
- À Lyon, explorez les quartiers de Croix-Rousse et de Guillotière pour repérer les flackings d’Ememem.
- Pour les curieux : Découvrez d’autres artistes lyonnais comme Kalouf, spécialisé dans les fresques animalières hyperréalistes.
- Téléchargez l’application FlashInvaders pour localiser les pixels d’Invader et participer à la chasse au trésor mondiale.
- Consultez les hashtags #flacking et #invaderart pour suivre leurs dernières créations.