La santé des femmes en France est aujourd’hui confrontée à un problème majeur : la pénurie de gynécologues médicaux. Selon un rapport de l’UFC-Que Choisir, près de 23% des Françaises, soit environ un quart de la population féminine, vivent dans des « déserts médicaux gynécologiques ». Cette situation alarmante met en lumière un dysfonctionnement du système de santé qui affecte de manière directe la qualité des soins offerts aux femmes, en particulier en ce qui concerne les pathologies de l’appareil génital féminin et les troubles hormonaux. Pourtant, les gynécologues médicaux, tout comme leurs homologues chirurgicaux qui interviennent lors des accouchements, jouent un rôle essentiel dans la santé des femmes, en particulier pour la prévention, le dépistage et le traitement de maladies graves telles que le cancer de l’utérus ou les troubles hormonaux.
Un problème lié à la formation et à l’inefficacité des politiques publiques
Comment expliquer cette pénurie de gynécologues médicaux et la déconsidération dont souffre cette spécialité ? L’une des causes principales réside dans la suppression de la formation universitaire des gynécologues médicaux, de 1987 à 2003. Cette décision a eu des conséquences dramatiques, car elle a laissé un vide dans le renouvellement de la profession. En 2007, la France comptait encore 1 945 gynécologues médicaux, mais aujourd’hui, leur nombre a chuté de manière significative, pour atteindre environ 923 praticien.ne.s dans le pays, selon l’Ordre des médecins. Cette diminution drastique a engendré un déséquilibre profond dans l’offre de soins, en particulier dans les zones rurales ou dans les départements où la démographie médicale est déjà insuffisante.
Il est également important de noter que la spécialisation des gynécologues médicaux reste souvent perçue comme moins valorisée que celle des gynécologues chirurgicaux, qui, eux, interviennent lors des accouchements ou des césariennes. Cette hiérarchisation des spécialités médicales a des conséquences sur la reconnaissance professionnelle et la rémunération des gynécologues médicaux, renforçant ainsi leur déclin.
Des conséquences dramatiques sur la santé des femmes
Les conséquences de cette pénurie sont dramatiques. Un manque d’accès à des gynécologues médicaux entraîne des retards dans le diagnostic et le traitement des pathologies gynécologiques, notamment les cancers de l’utérus, du sein et des ovaires, ainsi que des troubles hormonaux qui affectent un grand nombre de femmes. L’importance de la gynécologie médicale ne doit pas être sous-estimée : ces spécialistes sont en première ligne pour effectuer les bilans de santé réguliers, le suivi de contraception, le dépistage du cancer du col de l’utérus et la prise en charge des troubles hormonaux comme l’endométriose.
Le taux de survie des femmes atteintes de cancer de l’utérus, par exemple, a fortement augmenté grâce aux efforts de prévention et aux traitements de gynécologues médicaux, contribuant à réduire les taux de mortalité de cette pathologie. La dégradation de l’accès à cette spécialité a des répercussions directes sur les femmes, et particulièrement celles vivant dans les zones rurales ou les départements où les gynécologues médicaux se font rares. Selon une étude de l’INSEE, 13 départements en France ne comptent aucun gynécologue médical. Ces femmes se retrouvent alors confrontées à un double défi : l’isolement géographique et la difficulté à accéder à des soins spécialisés dans des délais raisonnables.
Le manque de prise en compte par les pouvoirs publics
Cette situation désastreuse n’a pas échappé aux associations de défense des droits des femmes et aux praticien.ne.s de la santé. De nombreuses lettres ouvertes ont été rédigées par des syndicats de médecins, des associations féministes et des collectifs de professionnels de santé pour alerter sur la pénurie de gynécologues médicaux et l’inaction des pouvoirs publics. Ces lettres dénoncent la « mise à l’écart » de la santé des femmes dans les politiques publiques et demandent un réinvestissement urgent dans la formation et le recrutement de gynécologues médicaux.
Les syndicats médicaux rappellent également qu’une réponse sérieuse à cette crise nécessite des réformes structurelles, notamment en matière de formation universitaire et de soutien à la spécialité gynécologique. Les gynécologues médicaux, qui ont joué un rôle majeur dans l’augmentation du taux de survie des femmes face à des maladies telles que le cancer du col de l’utérus, ne peuvent plus être laissés à l’abandon. Une prise en charge adéquate des femmes passe nécessairement par une revalorisation de la profession et un investissement dans la formation des nouvelles générations de praticien.ne.s.
Conclusion : un impératif de réinvestissement dans la santé des femmes
Il est grand temps que la santé des femmes, et plus particulièrement la spécialité de la gynécologie médicale, soit traitée avec le sérieux et la priorité qu’elle mérite. En investissant dans la formation et en assurant une répartition équitable des gynécologues médicaux sur l’ensemble du territoire, les pouvoirs publics pourront non seulement améliorer la qualité des soins de santé pour les femmes, mais aussi contribuer à réduire les inégalités d’accès aux soins. Les femmes ne doivent pas être reléguées au second plan en matière de santé publique, et il est urgent que des mesures concrètes soient prises pour garantir leur bien-être et leur sécurité.